Le divorce québécois
22 août 2013  //  By:   //  Actualité, Opinion  //  No Comment   //   5482 Views

Le Québec est comme une femme abusée qui s’est enfuie du foyer conjugal et a maintenant obtenu le divorce.  Dans sa souffrance, elle rejette maintenant tout ce qui pourrait lui rappeler son ex-mari tant la douleur est grande.  Elle déchire les photos ou il apparait, efface son nom de tous les papiers, demande à ses amis de ne plus parler de lui, essaie tant bien que mal d’oublier… mais la blessure est bien réelle.  On n’efface pas 400 ans de vie commune si facilement.  L’abus fait oublier même les moments agréables.  La colère embrouille, généralise, démonise.

Cette semaine, le gouvernement en place, a tenté de nous briser la mémoire en nous proposant une nouvelle charte de la laïcité.  Rejet global des signes religieux de la place publique, au risque de contrevenir aux libertés fondamentales.  Pour y arriver, il a proposé même d’en modifier les énoncés.  Ce qui restera à vérifier lorsque le texte final sera proposé.

Le Québec a été abusé.  Abusé après la honte de la conquête, par des Anglais qui ont profité de cette main-d’œuvre bon marché… Rebelle et distinct.  En compromis, et pour garder une certaine paix sociale, on lui a promis de conserver ses racines francophones et catholiques.  On s’est alors réfugié dans la religion, seule main charitable qui semblait être tendue.  Hôpitaux, services sociaux, écoles, et même le gouvernement était coloré foncé par l’église de l’époque.

Presque deux cents ans de relation par dépit.  Un clergé imbibé de pouvoir, laissé sans balises sinon les siennes.  Tout cela a façonné à l’usure, une relation amour-haine particulière entre le peuple québécois et celui qui se présentait comme son bienfaiteur. Les années ont attisées le dégoût à coups d’abus, d’obligation, de purgatoire, de confession et de manipulation.  C’est toujours ce qui se passe lorsque les hommes pilotent  la religion.

Pourtant, tout n’est pas si noir et Blanc.  La colère a fini par effacer tous ces abbés bien intentionnés qui ont construit notre hockey, toutes ces bonnes sœurs qui ont pensé nos blessures.  Tous ces frères qui nous ont appris la grammaire, l’histoire et les maths.  En fait, avec le recul historique, il y a probablement eu plus de bon que de mauvais, mais c’est difficile de reconnaître la bonté après avoir été  abusé.  La souffrance a tendance à généraliser.

Puis il y a eu l’occasion!

Duplessis est mort, un Nouveau Monde s’ouvre à nous et nous devenons maîtres chez nous.   Dans notre souffrance, et devant l’occasion de régler nos comptes, le Québec a jeté le bébé avec l’eau du bain… Dehors tout ce qui est religieux!  On a même proposé de jeter la croix du Mont-Royal et renommer tout ce qui a un saint… Une nausée intense.

Aujourd’hui, les temps ont changé… Les Anglais sont nos amis et l’Église catholique se meurt de ses erreurs.  Il ne reste qu’une poignée d’ombres de ce Québec ayant connu l’abus.   Accrochés au pouvoir et prêts à répéter les mêmes procédés qu’ils ont tellement dénoncés, les voici aujourd’hui à nous proposer plus qu’un refus global, mais une lobotomie sociale.

Une couleur distincte

Comme la Bible le dit si bien, un léopard ne peut changer ses taches!

Aux derniers sondages, 87% des Québécois se réclament de religion catholique.  La majorité parle d’elle-même!  On reconnait non seulement l’influence, mais également l’identité.  Pour ce qui est de retourner dans les bras de son ex, c’est une tout autre histoire.  Le Québec est un des endroits dans le monde le plus réfractaire au christianisme… Le p’tit Jésus a été jeté avec l’eau du bain quand on a fait le ménage.

Même si plusieurs de nos jours n’ont pas connu la « religion », son influence est certaine.  Le plus difficile est de passer à l’autre étape.  Celle où l’on vit sa nouvelle liberté, tout en assumant qui nous sommes réellement.  Laisser de côté la colère et la peur d’être abusé de nouveau, et agir enfin en société adulte.

Séparer l’église et l’état ne veut pas dire de rejeter notre culture et notre patrimoine.  Nous sommes des francophones américains, notre patrimoine et notre culture sont catholiques, l’état est séparé de l’église et chaque québécois a désormais la liberté de croire ou non… mais pas d’effacer sa couleur propre.

 

 

 

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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