Les accomodements charitables
22 octobre 2013  //  By:   //  Opinion  //  No Comment   //   835 Views

Nous sommes un château en ruines! On discerne la gloire et la dorure, mais de grands pans de murs, manquants et croulants, nous ramènent à la triste réalité. Nous bâtissons en hauteur, mais pas en largeur.

Évangéliques de toutes les confessions, nous sommes morcelés, divisés, éclatés.  Ici et là, nous entrevoyons des morceaux de croyances.  Des dénominations qui se  fissurent et ne font qu’affaiblir l’édifice dans sa structure.  Et je ne parle pas des indépendants, qui croient qu’un seul clou peut remplacer toute la maison!  Diviser pour mieux régner disait un certain Machiavel, inspiré par notre ennemi juré!  Le démolisseur par excellence. 

Lorsque je me suis converti, mon premier contact au mouvement évangélique l’a été via les pentecôtistes, puis j’ai appris qu’il y avait des baptistes « plus straight » comme le disait celle qui m’a amené au Seigneur.  Ma première impression fut de trouver enrichissante la diversité dans cette construction d’églises qu’est celle de Christ. Des charismatiques, des baptistes, des frères de divers acabits, luthériens, presbytériens, libres ou plus serrés, ils étaient des dizaines de dénominations telles des pierres de diverses essences ou origines.  « Il y en a pour tous les goûts, pour toutes les personnalités »  me dis-je.  Serait-ce cette sagesse infiniment variée de Christ telle que décrite dans la Bible?  J’ai choisi l’Église Baptiste, plus en accord avec mon tempérament et ma personnalité. C’est là que Dieu m’appelait, c’est là qu’il m’appelle toujours. 

J’ai rapidement déchanté.

Le dialogue était quasi inexistant entre les chrétiens évangéliques.  Malgré des différences, somme toute assez minimes sinon banales, chaque groupe se proclame comme LA porte. Et les choses n’ont guère changée.  J’étais probablement un jeune fou, idéaliste, issu d’une culture hippie d’amour superficiel à bon marché, illusionné par les paradis artificiels et la musique psychédélique.  Cependant, j’étais au fait des paroles de Jésus qui disait qu’un seul verre d’eau tendu au plus petit des siens ne perdrait pas sa récompense.  J’étais en face d’une vérité qui me faisait mal : le verre d’eau était bien souvent jeté à la figure par des accusations, par du mépris, par du dédain.  On s’ignore, on se fait de longs exposés qui se vautrent de versets bien assaisonnés d’amour artificiel.  Beaucoup de paroles.  Beaucoup! 

Un jour, j’ai demandé à un leader réputé d’alors, si « eux, les autres » étaient ou pas des frères.  Il ne put le nier : nous sommes frères! J’en conclus que nous sommes unis, sauvés, de la même famille, nous serons à la même table aux noces futures,  issues du même sang versé à la croix! 

Depuis trente ans, je regarde mon Québec, et « j’ai mal à mon église », comme le disait si bien un ami.

La semaine passée, lors de la conférence « Strange Fire », J. MacArthur a renchéri en disant que les charismatiques forment une fausse église.  Pas la peine de dire qu’il a allumé un feu…  Tout pour arranger les choses!  Frères ou pas frères?  Telle est la question!  Pour moi, la réponse est claire.  Lorsque j’entends de pareils propos, je me dis : « Pourquoi se mordre, s’entre-déchirer et s’exposer ainsi sur la place publique ».  Telle une rouille subtile, nous sommes en train de nous affaiblir, nous gruger de l’intérieur, nous autodétruire et au final, ternir la réputation de Christ.  Et tout ceci au profit du démolisseur.

Notre société est à une époque de cynisme extrême face à la religion, et s’exposer ainsi, c’est donner un élan et un prétexte pour un rejet global envers tout ce qui est chrétien. Il est temps de considérer nous aussi l’adoption d’accommodements raisonnables, charitables… ENTRE NOUS.

Je ne suis pas un œcuméniste, mais je crois en un seul corps, un seul baptême et un seul Esprit. J’espère un jour en un mouvement d’unité des évangéliques.  Je n’ai pas perdu mon idéalisme, ni le rêve de rassembler ceux qui croient au salut par la grâce seulement, ceux qui croient à l’inspiration de la bible.  Tel le crédo d’origine : Sola fidès, sola scriptura!   Ceux qui se distinguent à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres!  Unis autour d’une mission claire et conquérante. Priant, partageant, mettant en commun, et ce, dans le respect des différences.  L’unité dans la diversité.

Je suis encouragé, il y a des efforts timides: la conférence SOLA, l’association chrétienne pour la francophonie, certains petits groupes de prières interdénominationnels.  Chacun se bute à l’érosion.  À force de ne pas se parler, on a l’impression de ne plus se comprendre.

Dieu a fait les choses simples, c’est nous qui les avons compliquées.

Tant que nous ne réaliserons pas que c’est ensemble que nous gagnerons cette guerre, chacun tentera de construire son propre clocher.  Mais si nous unissons toutes ces tours, nous obtiendrons une forteresse imprenable.  Tout est une question de volonté et d’humilité, et cela devra obligatoirement commencer par le leadership.  Prier ensemble serait un bon début!

Je sais, il y a des couleurs différentes, des doctrines différentes, des styles d’adoration différente, des formes différentes, des leaderships différents… bien des différences!  Et c’est bien.  C’est notre diversité, notre unicité.  Il y a un culte pour tous les goûts! Mais ce qui nous unit devrait être plus fort, plus puissant que ce qui nous distingue.  Le salut de 7 millions de personnes au Québec devrait nous pousser à regarder plus haut que nous-mêmes puisque c’est à l’unité que nous aurons les uns envers les autres que le monde saura que le Père nous envoie.

Quand tendrons-nous le verre d’eau?

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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