Mon chien est mort!
3 avril 2014  //  By:   //  Opinion, Pensée de la semaine  //  No Comment   //   1138 Views

Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien  —Fernand Gravey.

La semaine passée, mon chien est mort et je dois avouer que la peine m’a profondément inondé.  Un sentiment d’impuissance mêlé de pitié devant ce petit compagnon innocent qui subissait ses derniers moments.  Le cancer, l’insuffisance rénale et probablement le chocolat noir ravis à la volée, lorsque nous avions le dos tourné, ont eu raison d’elle.  Dix ans de fidélité et d’affection gratuite, à peine échangés contre quelques croquettes, de l’eau et une porte ouverte dans notre maison.  Nous l’aimions tous.

L’amour

Étranges, cette affection et l’attachement que nous portons envers les animaux que l’on dit « de compagnie ».  Cette affinité que nous avons envers ces petits amis nous démontre bien à quel point « il n’est pas bon que l’homme soit seul ».  L’homme aime s’attacher.  Et pourtant, il a peur de l’attachement.  Le risque de blessures est grand et le trou béant du cœur pourtant demande à être empli.  L’on se lie avec ce que l’on peut! Certains vont même parler de leurs animaux comme de leurs bébés et ont plus d’affection envers eux qu’envers une personne humaine.

Nous avons été créé pour aimer, mais notre peur nous dirige vers le moins menaçant, même s’il est totalement hors du cercle prévu par Dieu à notre égard.

Le risque

« L’homme est un loup pour l’homme » disait Thomas Hobbes.  Nous sommes des menaces potentielles les uns envers les autres, et c’est justement dans ce contexte que l’attachement envers un animal devient intéressant. La peur et l’expérience des blessures se transforment rapidement en leçon de détachement envers notre prochain.  Des relations fonctionnelles ou on en tire que l’essentiel.

« Toi au moins, tu m’écoutes », entend-on souvent en parlant de notre petit compagnon.  « Il ne se plaint jamais ».  Il est mieux qu’un humain est-on tenté de dire.  En effet, pour plusieurs, le péché a transformé l’homme en animal, ou pire : en dieu frustré qui tente par tous les moyens de marquer son territoire sur le compte d’autrui.  Devant ce prédateur, pas étonnant que l’animal devienne plus humain qu’un humain!

À mon image!

Tel chien, tel propriétaire dit-on.  Il n’est pas rare de voir un chien batailleur avec un maître agressif, ou un chien obèse avec un maitre qui mange ses émotions! Il y a un effet de symbiose qui démontre le lien intime qui se crée entre l’homme et la bête. Il faut dire que l’animal, lorsqu’il est domestiqué, devient un compagnon docile qui prend la forme de son maître.

Disney les fait parler, penser et vivre comme nous.  On finit par y croire et penser qu’ils sont à notre image!  On m’a même demandé si je voulais avoir une incinération individuelle pour mon chien décédé, presque des funérailles et le mémorial!  Nous avons cette fâcheuse tendance à ramener ce qui nous entoure et le mouler à notre propre image.  Nous humanisons Dieu et l’abaissons à notre niveau, et élevons chiens et chats à celui de l’homme.  Quelle absurdité!

Victime de notre péché

En fait, l’animal est une victime innocente, comme tout le reste de la nature.  Au départ, nous devions les nommer, les gérer et les entretenir.  Mais la chute a renversé la niche et toute la maison a été bouleversée.  Désormais la violence s’est installée : le lion mange la brebis, le chien déteste le chat et l’homme est un loup!  Tous les animaux craignent l’humain et la main qui devait nourrir est devenue celle qui fait périr.

« Car la création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise » — Romains 8.20

Cette élévation de l’animal serait-elle un soupir du cœur afin de rétablir la situation perdue au jardin?  Difficile de le savoir.  Chose certaine, les relations ont été biaisées et brisées.  Autant envers l’animal, notre prochain que notre Dieu.  Le rapport d’affection et d’interdépendance a été brisé et distortionné par la chute.  Désormais, nous devons approcher toutes nos relations à la lumière de SA parole, au risque de s’engager dans des relations bancales.  Que ce soit avec les autres, avec Dieu ou même avec Pitou!

L’image de Dieu

Le danger profond à l’anthropomorphisme de l’animal et de Dieu est l’abaissement de ce que nous sommes réellement.  Élever l’animal à notre niveau, c’est de nous abaisser au statut des « sans âme ».  Abaisser Dieu à notre nature, c’est aussi nous abaisser également vers un échec assuré, tenter de m’attribuer des pouvoirs que je n’ai pas.  Les attentes surréalistes frappent impitoyablement le mur de la déception.

Nous sommes créés dignes, unique et les seuls « à l’image de Dieu ».  N’oublions jamais que  Dieu s’est fait homme, non chien ou chat.  La tentative de réconciliation de Dieu est dirigée vers l’humanité, non pas vers le bestiaire universel.

Les anciens Égyptiens et bien d’autres vouaient un culte aux animaux.  Chats, faucons, chacals devenaient des projections divines.  L’image de Dieu, bien que ternie par le péché, c’est nous, et nous seuls!  Rechercher chez l’animal ce que Dieu seul peut nous apporter, c’est nous diriger vers une vie dysfonctionnelle, emplie de désillusions et de frustrations.  Une vie au final bien triste et solitaire, dont l’épanouissement ultime devient le face à face avec la boule de poil incapable de parler et nous rendre la véritable dignité en nous confrontant avec nous-mêmes.

Entretenir un animal nous fait sentir un poil dieu pour un être qui de toute façon était destiné à être entretenu par nous.  Quelle illusion pathétique!  Ce n’est pas d’un animal domestique dont l’homme a besoin, c’est d’une intimité avec son Dieu!  C’est nous le domestique et non le contraire.

La réconciliation

Entretenir un petit compagnon est une bonne chose, elle nous réconcilie avec la nature.  La zoothérapie en faisant preuve : donner de l’affection envers une autre créature est bénéfique, valorise la personne et nous redonne un sens d’amour que nous avons perdu.  Mais il y a mieux, et plus : se réconcilier et apprivoiser l’homme et son Dieu.  Car c’est à cela que nous avons été fondamentalement créés.  Plus risqué, certes, mais c’est dans l’amour les uns avec les autres que nous pouvons réellement grandir et nous découvrir.  Puis dans notre relation profonde avec Dieu, connaître le véritable bonheur et l’authentique épanouissement.

Et quand ça va mal avec mon prochain, je peux toujours décompresser en caressant mon p’tit chien!

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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