Notre religion nationale

C’est la finale de l’Est et les Canadiens de Montréal y sont! Le fil de presse est totalement occulté par cette nouvelle. Peu importe ce qui se passe au Nigéria ou en Ukraine, l’important, c’est de savoir où et quand viendra la victoire. Les superstitions abondent : on fait brûler des lampions, Ginette la nouvelle prophétesse et sa voix miraculeuse soufflent l’espoir, la sainte flanelle tatouée sur le cœur et en fanion emplit la ville! Même le sauveur prend des titres de « Jesus-Price ». Plusieurs millions d’adeptes sur le Net, et des centaines de milliers rassemblés autour du téléviseur, à faire déborder le centre Bell même lorsque nos héros jouent à Boston ou à New York… Même la plus méga des mégas Church ne pourrait rêver à mieux!

La quête d’identité

Chaque fois que je regarde une joute de hockey, et que le Canadien gagne, un sentiment de fierté m’envahit. Même si je suis à des milliers d’années lumière de la réalité des gars qui jouent sur la glace, et même si je n’ai jamais joué, sauf dans le peewee M (Médiocre), je dois constater que la victoire est enivrante. Nous avons tous besoin de fierté, car, en fait, nous associer à des vainqueurs nous fait paraître plus grands. Je me souviens des centaines de cartes de hockey que mon garçon a collectionnées, les noms, les surnoms, les statistiques et les exploits. Nous transcendons la glace et celui qui joue, c’est moi, projeté en Subban, Price ou Gallagher!

La quête de héros

Les athlètes professionnels sont les nouveaux héros. Les demi-dieux de l’Olympe qui nourrissaient les espoirs de la Grèce antique. Adieu Hercules, bienvenue PK ou Carey. On porte leurs chandails, arbore leur numéro, collectionne leurs effigies sur carte. Certains vont même jusqu’à appeler leurs petits du nom inspirant de Toe-Blake. Certaines tribus cannibales consomment le cerveau de leur victime afin de s’approprier leurs vertus courageuses. De nos jours, nous consommons leur image afin que, s’il est possible, nous en soyons inspirés.

La transcendance est un besoin et non un luxe, et si nous ne le trouvons pas dans la famille, dans la politique ou dans la religion, nous nous rabattons dans ce qui est à portée de rêve. Nous retirons le chandail des plus valeureux, puis nous les canonisons en bannière. Le mythe naît et chacun se l’arrache. Lorsque nous nous arrêtons, à l’entracte et réalisons la distance qui existe entre la glace et les gradins, il est triste de constater les valeurs populaires réduites à un fantasme.

La quête de victoire

Nous l’appelons la sainte flanelle! Les bannières de victoires arborées bien haut au centre Bell nous rappellent les hauts lieux de nos glorieux. Chacun espère un jour au pèlerinage vers le temple. Les plus aisés dans le rouge, et les ordinaires dans la zone Molson! Le destin m’a choyé, et mon fils a gagné, il y a quelques années, une paire de billets zone Famille… dans le « pit » en haut, presque au ciel!

L’ambiance y est presque indescriptible. 21 273 fidèles rassemblés au cœur du plus grand lieu de culte au hockey du monde! Tous les joueurs de la LNH sont d’accord, certains même refusent de venir jouer ici : l’atmosphère y est intransigeante. Le niveau, l’intensité et l’adoration y sont si élevés que, lorsque nos héros répondent à nos prières, les chants, les cris et les olé fusent de toute part et coupent l’air.   Malheur à eux si l’espoir s’envole. Dès le retrait de l’ange gardien, un silence de mort envahit le temple. Les prières montent et descendent, puis la déception brutale. Ils ont perdu, nous avons perdu la foi!… Jusqu’au prochain match.

La quête de communauté

Les familles éclatées, les jobs incertains, les couples dispersés, les amitiés facebookées. Le Canadien nous rassemble, le temps de trois périodes, nous sommes unis autour d’un seul but : gagner. L’ennemi, le mal, est en face, armure jaune et noir, rouge et bleu. Peu importe. Nous analysons les performances, devenons coachs d’une clameur. Nous vivons au diapason de quelques millions de Québécois qui aspirent et désirent tous la même chose.

La grande messe, comme on l’appelle, se répète semaine après semaine, puis l’été, c’est le vide. La saison estivale devient pour plusieurs une retraite. Chacun y va de ses prophéties, puis la saison recommence et l’espoir renaît. Le hockey est rassembleur. On en parle, on le regarde, on en profite pour renouer, et même se réconcilier autour de la télé.

Et la foi?

L’espoir, la confiance, le combat implacable entre le bien et le mal, les modèles vivants, les buts de dernières minutes, les mentors inspirants, les victoires spectaculaires, les défaites qui transforment, les prolongations enlevantes… Nous avons tous ces exploits et bien plus dans un livre stimulant : La Bible.

Jouer pour une équipe gagnante, marquer des buts victorieux, faire partie d’une joute plus grande que nous-mêmes, devenir la première étoile, jouer aux côtés de légendes, poursuivre la tradition des plus grands, et non seulement marquer dans le but, mais poursuivre le véritable! Le but de la vie. L’église victorieuse, plus qu’un club, et mieux qu’une organisation. Elle est un organisme vivant ou chaque joueur est un membre essentiel. Aimé par son coach et inspiré par son Esprit.

« Tous ceux qui combattent s’imposent toute espèce d’abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. » —1Co 9.25

Le hockey dans tout cela? Tout est une question de priorités. Si un match, une équipe ou un joueur prend le dessus sur Dieu, il devient une idole. Elle peut être subtile : Absence des réunions, détournement de fonds, perte de temps et vol d’intensité. Tout ce qui taxe mon engagement et mon engouement ne peut que m’affaiblir comme chrétien. C’est une question d’équilibre.

Au risque d’être injurié d’anathème, « C’est juste du hockey »! Un bon spectacle, rien de plus, rien de moins. Rien pour me faire déroger de mes priorités profondes.

Je suis Chrétien, Jésus tatoué dans le cœur, Go Christ Go!!

Le pasteur pasteurisé

Comment stériliser un pasteur et l’éteindre au ministère de l’Évangile? Simple, tout comme on fait pour pasteuriser le fromage, il s’agit simplement d’augmenter la chaleur et la pression puis laisser mijoter lentement… jusqu’à la pasteurisation totale. Au terme du procédé, soit le lait aura viré au sûr, soit le résultat deviendra un produit uniformisé, aseptisé, au goût sans surprise. Une saveur politisée qui plaît à tous, mais qui ne transforme rien. Le pasteur pasteurisé deviendra plus blanc que blanc. Plus Jésus que Jésus lui-même. Il s’uniformisera au goût de tous et prendra la couleur de chacun. Un pain blanc enrichi et bien gonflé qui ne prend la saveur que de ce que l’on y met.

Est-ce le pasteur que nous recherchons? La rectitude et la langue de bois bien taillée n’ont jamais été le propre des prophètes du passé, encore moins des pasteurs d’aujourd’hui.

Voici sept façons efficaces de pasteuriser un fromage pastoral.

Confondre le fromage et le lait

Une bonne façon de faire tourner un pasteur est de l’élever continuellement au rang de divin berger. Soit en ayant envers lui des attentes inatteignables dignes de Jésus seul, ou pire, l’aduler comme si ses pas laissaient la trace du Seigneur lui-même. D’un côté, chacun doit reconnaître que le pasteur n’est qu’une brebis parmi les brebis avec une fonction et des dons différents, un berger qui a besoin du Berger et de la direction de celui-ci comme toutes les brebis. Occulter un pasteur sous des espoirs irréalistes risque de provoquer son découragement. De l’autre côté, l’idolâtrer amène abruptement sur le terrain à pâte molle de l’orgueil, et on finit réellement par se croire investi de superpouvoirs!

Nous ne sommes rien de moins et rien de plus que des humains, des chrétiens, des disciples du Seigneur des compagnons d’œuvres qui sont doués et appelés par le St-Esprit à paître l’église de Christ.

Les bactéries sont essentielles

En tant que pasteurs, nous sommes des leaders qui avons souvent besoin de latitude, de réflexion et même d’essai-erreurs. Pour faire un bon fromage, les bactéries sont essentielles. Dieu a prévu nous former tous par la souffrance et les échecs. Empêcher un pasteur à l’erreur, c’est lui refuser la sanctification. Ici, je ne parle pas de péchés, mais bien d’erreurs humaines souvent relayées, malheureusement, au rang des mauvaises intentions.

La relation dans la prière, l’introspection et l’humilité sont essentielles pour fermenter un bon pasteur. De l’autre côté de l’emballage, l’église devient le terroir de prédilection qui donnera au berger une saveur locale de plus en plus recherchée. Empêcher le pasteur à la croissance, c’est décider que sa maturation est définitive… Plusieurs églises sont devenues avec les années des « cimetières » pastoraux en raison de l’intransigeance devant ceux qui y sont appelés.

Contester constamment sa nature

On oublie facilement que nos pasteurs sont réellement appelés par le St-Esprit (Act 20:28), et qu’ils auront même à rendre compte des âmes qui leurs sont échus en partage (Heb 13:17) L’irrévérence risque de conduire le troupeau à la négligence et banaliser l’appel précieux. Au final, le pasteur s’éteint, cesse de contester et s’homogénéise avec les contestataires, ou plus simplement, il quitte le terroir pour une autre église. Plusieurs boucs bien intentionnés contestent sans arrêt l’autorité que Dieu a donnée aux pasteurs, et de nombreux cris, de nombreuses larmes et de nombreux épuisements sont dus aux controverses souvent gratuites de quelques personnes.

Prendre le cheddar pour du brie

Dans notre ère de communication instantanée, une belle façon d’arracher la saveur à votre pasteur est de constamment le comparer aux prédicateurs de l’heure : Driscoll, Piper, MacArthur… Tous d’excellents ouvriers, mais placés par la tête dans des troupeaux spécifiques : ailleurs. Celui que Dieu met dans mon troupeau est celui qu’il me faut! Constamment le déconstruire pour qu’il ressemble à tel ou tel autre plus vert de la chaire du voisin n’est qu’un effet pervers de la consommation qui atteint maintenant le niveau de l’église.

Le syndrome de l’imposteur et le sentiment de ne jamais être à la hauteur conduisent invariablement vers l’insécurité ou, pire, le similiclonage puis un goût déformé, inadapté au troupeau… laissons-les donc être ce que Dieu leur demande d’être, et si tu crois sincèrement que ton pasteur devrait être comme Mark Driscoll, rien ne t’empêche de partir pour Seattle!

Me nourrir que de fromage!

Une façon subtile de se pasteuriser, c’est de s’appuyer seulement sur le pasteur pour toute sa croissance. Le pasteur est un élément de la direction de Dieu pour ma vie, mais la principale, c’est le St-Esprit. Dieu utilise les pasteurs, mais toujours en fonction de ma réceptivité. L’élément central de transformation, c’est ma volonté. Malheureusement, des brebis assoiffées de fromage ne se contentent que d’une source de transformation et se tarissent rapidement. Rien ne peut remplacer ton culte personnel, ta méditation personnelle et ta relation personnelle avec les autres brebis. La pasteurisation inversée qui est alors exercée te rend toi-même caduque et empêche le Seigneur de faire un travail global et en profondeur sur ta vie. La pression qu’exercent ces sangsues spirituelles a vidé plus d’un pasteur par le passé.

Ne chercher que le petit lait

La médiocrité et les compromis nous affectent beaucoup plus que vous ne pouvez le croire. Nous sommes impliqués émotivement et spirituellement dans votre vie et avons vraiment à cœur votre santé et vos progrès. Lorsqu’un pasteur voit le manque d’engagement et de consécration dans le troupeau, il risque de sombrer dans le négativisme et le découragement. Avec l’usure et le temps, il se détache et perd sa fougue. Voir le verre de lait à moitié vide est le piège irréaliste des attentes fondé sur les ambitions et tous les pasteurs y sont à risque. Il n’y a rien de plus encourageant que de diriger une église engagée.

Ne pas prier pour lui et sa famille

Finalement, prier pour le pasteur que Dieu a mis sur ma route afin de paître le troupeau dont je fais partie, est un indice du rang qu’il a dans mes priorités.

Rien de tel qu’un pasteur au lait cru, frais sorti du terroir divin. Ayant une base de lait de brebis, il se mélange au troupeau. Sans perdre sa saveur, bien au contraire, il transmet une bonne odeur de Christ autour de lui.

« Aux uns, une odeur de mort, donnant la mort ; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie. » —2 Corinthiens 2.16