Notre religion nationale
27 mai 2014  //  By:   //  Actualité, Opinion, Réflexions  //  No Comment   //   1247 Views

C’est la finale de l’Est et les Canadiens de Montréal y sont! Le fil de presse est totalement occulté par cette nouvelle. Peu importe ce qui se passe au Nigéria ou en Ukraine, l’important, c’est de savoir où et quand viendra la victoire. Les superstitions abondent : on fait brûler des lampions, Ginette la nouvelle prophétesse et sa voix miraculeuse soufflent l’espoir, la sainte flanelle tatouée sur le cœur et en fanion emplit la ville! Même le sauveur prend des titres de « Jesus-Price ». Plusieurs millions d’adeptes sur le Net, et des centaines de milliers rassemblés autour du téléviseur, à faire déborder le centre Bell même lorsque nos héros jouent à Boston ou à New York… Même la plus méga des mégas Church ne pourrait rêver à mieux!

La quête d’identité

Chaque fois que je regarde une joute de hockey, et que le Canadien gagne, un sentiment de fierté m’envahit. Même si je suis à des milliers d’années lumière de la réalité des gars qui jouent sur la glace, et même si je n’ai jamais joué, sauf dans le peewee M (Médiocre), je dois constater que la victoire est enivrante. Nous avons tous besoin de fierté, car, en fait, nous associer à des vainqueurs nous fait paraître plus grands. Je me souviens des centaines de cartes de hockey que mon garçon a collectionnées, les noms, les surnoms, les statistiques et les exploits. Nous transcendons la glace et celui qui joue, c’est moi, projeté en Subban, Price ou Gallagher!

La quête de héros

Les athlètes professionnels sont les nouveaux héros. Les demi-dieux de l’Olympe qui nourrissaient les espoirs de la Grèce antique. Adieu Hercules, bienvenue PK ou Carey. On porte leurs chandails, arbore leur numéro, collectionne leurs effigies sur carte. Certains vont même jusqu’à appeler leurs petits du nom inspirant de Toe-Blake. Certaines tribus cannibales consomment le cerveau de leur victime afin de s’approprier leurs vertus courageuses. De nos jours, nous consommons leur image afin que, s’il est possible, nous en soyons inspirés.

La transcendance est un besoin et non un luxe, et si nous ne le trouvons pas dans la famille, dans la politique ou dans la religion, nous nous rabattons dans ce qui est à portée de rêve. Nous retirons le chandail des plus valeureux, puis nous les canonisons en bannière. Le mythe naît et chacun se l’arrache. Lorsque nous nous arrêtons, à l’entracte et réalisons la distance qui existe entre la glace et les gradins, il est triste de constater les valeurs populaires réduites à un fantasme.

La quête de victoire

Nous l’appelons la sainte flanelle! Les bannières de victoires arborées bien haut au centre Bell nous rappellent les hauts lieux de nos glorieux. Chacun espère un jour au pèlerinage vers le temple. Les plus aisés dans le rouge, et les ordinaires dans la zone Molson! Le destin m’a choyé, et mon fils a gagné, il y a quelques années, une paire de billets zone Famille… dans le « pit » en haut, presque au ciel!

L’ambiance y est presque indescriptible. 21 273 fidèles rassemblés au cœur du plus grand lieu de culte au hockey du monde! Tous les joueurs de la LNH sont d’accord, certains même refusent de venir jouer ici : l’atmosphère y est intransigeante. Le niveau, l’intensité et l’adoration y sont si élevés que, lorsque nos héros répondent à nos prières, les chants, les cris et les olé fusent de toute part et coupent l’air.   Malheur à eux si l’espoir s’envole. Dès le retrait de l’ange gardien, un silence de mort envahit le temple. Les prières montent et descendent, puis la déception brutale. Ils ont perdu, nous avons perdu la foi!… Jusqu’au prochain match.

La quête de communauté

Les familles éclatées, les jobs incertains, les couples dispersés, les amitiés facebookées. Le Canadien nous rassemble, le temps de trois périodes, nous sommes unis autour d’un seul but : gagner. L’ennemi, le mal, est en face, armure jaune et noir, rouge et bleu. Peu importe. Nous analysons les performances, devenons coachs d’une clameur. Nous vivons au diapason de quelques millions de Québécois qui aspirent et désirent tous la même chose.

La grande messe, comme on l’appelle, se répète semaine après semaine, puis l’été, c’est le vide. La saison estivale devient pour plusieurs une retraite. Chacun y va de ses prophéties, puis la saison recommence et l’espoir renaît. Le hockey est rassembleur. On en parle, on le regarde, on en profite pour renouer, et même se réconcilier autour de la télé.

Et la foi?

L’espoir, la confiance, le combat implacable entre le bien et le mal, les modèles vivants, les buts de dernières minutes, les mentors inspirants, les victoires spectaculaires, les défaites qui transforment, les prolongations enlevantes… Nous avons tous ces exploits et bien plus dans un livre stimulant : La Bible.

Jouer pour une équipe gagnante, marquer des buts victorieux, faire partie d’une joute plus grande que nous-mêmes, devenir la première étoile, jouer aux côtés de légendes, poursuivre la tradition des plus grands, et non seulement marquer dans le but, mais poursuivre le véritable! Le but de la vie. L’église victorieuse, plus qu’un club, et mieux qu’une organisation. Elle est un organisme vivant ou chaque joueur est un membre essentiel. Aimé par son coach et inspiré par son Esprit.

« Tous ceux qui combattent s’imposent toute espèce d’abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. » —1Co 9.25

Le hockey dans tout cela? Tout est une question de priorités. Si un match, une équipe ou un joueur prend le dessus sur Dieu, il devient une idole. Elle peut être subtile : Absence des réunions, détournement de fonds, perte de temps et vol d’intensité. Tout ce qui taxe mon engagement et mon engouement ne peut que m’affaiblir comme chrétien. C’est une question d’équilibre.

Au risque d’être injurié d’anathème, « C’est juste du hockey »! Un bon spectacle, rien de plus, rien de moins. Rien pour me faire déroger de mes priorités profondes.

Je suis Chrétien, Jésus tatoué dans le cœur, Go Christ Go!!

About the Author :

Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

Related News