De membercheap à membership
19 septembre 2014  //  By:   //  Église, Pensée de la semaine  //  No Comment   //   1010 Views

Les familles éclatées, les politiciens commissionnés, même le clergé est relégué au rang des vendeurs sur l’échelle de la confiance. Maintenant, c’est chacun pour soi. Pourquoi la loyauté si nul n’en est digne? Les relations profondes ont leur lot de blessures et Facebook devient l’endroit idéal pour y avoir la protection d’un clic qui nous donne une sensation de sécurité. Les grandes discussions-fleuves des cafés d’antan ont fait place aux textos et gazouillis de tous acabits.

L’engagement, la loyauté et la résilience disparaissent progressivement du paysage pour faire place à une superficialité dénoncée autant par les sociologues que par les psychologues. Notre société est malade, crouté d’une écorce planétaire dont le cœur se refroidit et devient indifférent au prochain. Notre société est en mutation!

« Et, parce que l’iniquité se sera accrue, l’amour du plus grand nombre se refroidira. » — Matthieu 24:12

Un prix

L’église paie cher ce bouleversement. Fondée sur une génétique de la communauté, l’Ecclesia moderne risque gros. Le prix de la superficialité dans un cadre ou la profondeur est la clé du succès. Les méthodes se multiplient et les recettes abondent pour tenter plus mal que bien d’endiguer l’hémorragie actuelle. Mais rien n’y fait. C’est l’ouragan Katrina, soufflant sur le monde spirituel occidental.   Les barrages lâchent et la mentalité populaire s’engouffre et inonde la famille de Dieu. Les recherches de cellules souches abondent, mais la mutation persiste en une famille qui s’identifie de moins en moins à son sauveur, qui perd sa saveur dans l’indifférence face aux besoins et aux malheurs des frères et sœurs. Le simple regard de ce que nous devenons glacerait le cœur des chrétiens du siècle dernier. Oui mes amis, notre amour local s’est refroidi.

Un phénomène

Les visiteurs le témoignent avec incompréhension. Que ce soit d’Amérique du Sud, Latine, d’Afrique, d’Asie et même du Moyen-Orient : franchir le seuil d’une église est souvent une expérience troublante. Les attentes, ajustées sur ce que l’on vit chez soi, sont rapidement délavées. Un arrière-goût de déception vient après la première bouchée. Puis, il y a l’attente. L’attente de l’amour les uns envers les autres, signifiant qu’ils sont bien dans la même famille, entourée de disciples dont l’ardeur est sensée être la marque distinctive. On me demande : « Ou sont vos réunions de prières matinales? vos réunions du dimanche soir? vos Agapes? votre unité? » —Les gens préfèrent la télé… Comme si la véritable église désormais avait 48 pouces diffusait en HD et trônait fièrement au cœur du foyer.

Une église dure à digérer. Plusieurs retournent avec un souvenir terne, et ceux qui restent, prennent le rythme puis meurent à petit feu. Ils deviennent génétiquement modifiés. Nous pouvons faire l’autruche, ne pas vouloir voir ni entendre la vérité. Le constat d’un malaise est toujours difficile à admettre. Mais l’ignorance ne guérira pas la plaie béante et ne rallumera pas le tison fumant. La mutation que nous vivons n’est certes pas une évolution.

Un fondateur de notre association m’a dit un jour devant ce constat: « J’ai vu naître l’église au Québec, et j’ai peur de la voir mourir ». Dieu lui a accordé de le rejoindre il y a quelque temps.

 

« J’ai vu naître l’église au Québec, et j’ai peur de la voir mourir ».

Membercheap

Une raison de ce constat est une incompréhension de l’église en elle-même. Les enfants du divorce, de la télé et des repas rapides fréquentent l’église et y deviennent membres. Leurs coutumes instantanées sont bien ancrées, certains y ont grandi, d’autres ont été ravis par les promesses de la bonne nouvelle. Ils ont fait profession de foi. Être membre, pour plusieurs, devient une occasion de faire partie d’un groupe de soutien à la foi. L’effet perso de la société ou tout est ramené vers soi et où la performance prend la place de la croissance : « J’ai besoin de grandir et l’église me donne ce qui est nécessaire pour que je me sente bien et m’épanouisse avec Jésus. » De plus, le statut de membre « me donne un droit de véto et de vote afin de m’assurer que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

L’église devient alors tous les autres. Ceux qui sont censés m’appeler quand je souffre, me soutenir quand je chancelle, m’encourager quand mon ciel s’obscurcit. L’église c’est les autres, et moi, j’en suis le bénéficiaire béni de Dieu. Mes droits et privilèges prennent le dessus sur mes responsabilités; et lorsque j’ai épuisé les ressources d’une église locale, je saute à la suivante. Telle une tique qui infecte le porteur et ne fait que profiter d’un corps. Pas d’amour, pas de saveurs, plus d’intérêt sont les jugements courants qui activent le saut. En y ajoutant une relativité de la vérité et des dogmes, puis un rejet en masse des dinosaures musicaux, radicaux et théologiques. L’église dite moderne ressemble plus à Frankenstein qu’au nouvel Adam!

Devant ce syndrome croissant, rien de surprenant que de constater la grande lassitude et la léthargie grandissante au sein de nos assemblées. Beaucoup de bruit, de couleurs, de mouvement, mais peu de différence.

Membership

La source et la solution à ce problème résident au même constat : l’église n’est pas un MOI, mais un NOUS. Utiliser l’église, c’est s’abuser soi-même puisque l’église c’est tout un chacun. C’est en s’y abandonnant que l’on se retrouve.  C’est en y donnant que l’on reçoit. C’est en y demeurant que l’on en est transformé.

L’apôtre Jean va encore plus loin dans son diagnostic :

« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. » —1 Jean 3.14

Être sauvé, c’est aimer les frères. C’est aimer l’église, c’est aimer l’assemblée, c’est aimer la famille de Dieu. Le salut s’évalue par un amour concret et constructif qui désire la communion et le bonheur de l’autre dans l’église. Être membre d’une église locale, c’est s’engager dans la voie de l’amour intentionnel envers les frères et sœurs de mon corps locale. Rien de moins! Ne pas avoir cet élan d’amour et être en constante attente de l’ascenseur est inquiétant. C’est un indice d’une mauvaise compréhension de l’évangile, d’une régénération superficielle qui n’a pas transformé toutes les fibres de l’être. Une mutation d’un homme vers un autre homme et par conséquent, ne pas être planté dans la bonne terre. « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » —1 Jean 4.8.

C’est à l’amour que nous avons les uns pour les autres que nous indiquons clairement que nous sommes véritablement des chrétiens sauvés. (Jn 13:35Jn 13:35
French: Louis Segond (1910) - SEG

35 A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l`amour les uns pour les autres.  

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). Comme dit le proverbe populaire : «Aller chez McDonald’s ne fait pas de nous des hamburgers ». Être membre d’une église de fait pas nécessairement de nous des chrétiens.

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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