Les pattes d’oie
12 janvier 2015  //  By:   //  Réflexions  //  No Comment   //   760 Views

Me voici quinquagénaire! Le demi-siècle bien sonné. Les années commencent a tracer leurs sillons dans mon visage et la neige éternelle transparaitre au sommet. Je vieillis. J’entends des amis du même âge soupirer, déprimés, s’exprimer comme une fatalité devant l’inévitable décrépitude du véhicule. On ne fait plus tout ce que l’on désire! Certes, je commence à ressentir la tente s’user. Les morceaux s’ajustent moins bien. Les bobos sont souvent plus rigoureux.

Pourtant j’aime vieillir. J’aime m’aventurer dans les dédales de la vie, ne sachant ce que le prochain corridor me réservera. J’aime savoir que je n’ai pas les réponses à tout, et que j’ai encore tout à apprendre. J’aime aussi constater que j’ai avancé, réalisé le chemin parcouru. Il y a une fierté mêlée d’accomplissements à savoir que je me suis rendu maintenant.

J’aime me voir dans le miroir, les pattes d’oies et les cheveux blancs témoignant le passage du temps et me rappelant ce que je suis… mortel, de passage et un simple accessoire dans le calendrier éternel. J’aime me savoir vulnérable, sans les ressources, sans les réponses. Ça me rappelle que j’existe et que je vis encore sur terre.

J’aime exister ici-bas, avec ma foi fragile et mon Dieu, mon rocher sur lequel je peux m’appuyer. Le sol du présent est si marécageux que je peux comprendre mes amis, en désarrois, sentir leur vie s’enfoncer dans le sable mouvant du sablier. Un aller simple vers la terre, vers la poussière d’on nous avons été créés. Il y a de quoi déprimer! Je les comprends, et je partage souvent ce sentiment d’incertitude, lorsque la lumière s’obscurcit et que le labyrinthe m’aspire dans ses dédales. C’est à ce moment précis que je réalise toute la chance que j’ai d’être accompagné.

La vie est une aventure plus grande que l’homme.  Les zones d’ombres, les carrefours obscurs, les embuches et les sombres vallées peuvent facilement nous faire voir la vieillesse comme une fatalité néfaste conduisant vers une décomposition prématurée. Une attente inévitable vers le point de non-retour ou les vers nous boufferons six pied sous terre, et dont on a souvent l’impression… qu’ils prennent de l’avance!

J’aime ma vie avec Dieu inclus. La vie n’a qu’un sens d’entretien si Dieu n’en fait pas partie. L’on entretient son corps pour masquer les effets du temps, on entretient ses proches pour tenter de semer un peu de bonheur, on entretient la planète en croyant laisser un héritage après notre propre mort. Mais au bout, le sens que nous lui donnons n’est que de faire un beau ménage afin que quoi? Que la vie soit plus belle? C’est de se contenter que de la surface, masquer les rides en espérant que le temps arrangera les choses. Le temps sur terre est implacable, et ne fait qu’obéir à ceux qui en font partie. NOUS, imparfait, égoïstes et trop occupé à vieillir. Le temps prend la couleur de ceux qui le marquent.

J’aime savoir que j’ai cinquante ans, qu’aujourd’hui est la première journée du reste de ma vie. Que toutes ces années (peu nombreuse) auront servi, je l’espère, à m’orienter et aider les autres dans le labyrinthe. Il y a une trentaine d’années, j’y ai rencontré LE guide. Avec lui, les vallées ne sont pas nécessairement plus faciles, mais elles sont plus agréables. Le chemin n’est pas toujours clair, mais je suis en sécurité. Je n’ai pas toujours une vision limpide de l’arrivée, mais je sais qu’à chaque pas, il est là, avec moi.

J’aime vieillir, car chaque jour j’apprends à connaître de plus en plus et de mieux en mieux mon guide : Jésus.   Sans lui, vieillir serait insoutenable. Vieillir seul, c’est de ressentir l’effet du temps qui nous bouscule et nous fait trébucher.  C’est négocier seul avec ses angoisses et amorcer un décompte fatal dont la tombe, inévitable, ne laisse que le souvenir d’une belle pierre ou il est inscrit : « A un père aimant ». Mais avec Lui, la vie devient une aventure dont l’issue n’est certainement pas une ultime fin, mais un éternel commencement.

Malgré les peurs, les nuages, les peines, il y a la joie et la paix.  Savoir qu’aujourd’hui est une croquée additionnelle d’éternité.  Savoir que demain, si je me réveille, j’aurai devant moi une nouvelle journée ou je pourrai encore refléter une lumière, une lueur dans ce monde trop sombre pour ne pas désirer y vieillir.

Qu’ai-je à craindre puisque je survivrai à ma mort.

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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