L’horreur dans l’erreur
8 janvier 2015  //  By:   //  Actualité  //  No Comment   //   729 Views

Non! Je ne peux accepter l’horreur que j’ai vue hier.

Ces hommes aveuglés par leurs convictions qui prennent les armes, s’organisent et planifient minutieusement le meurtre d’une douzaine de journalistes, d’artistes, qui n’avaient même pas de quoi se défendre, tirés dans le dos. Un geste d’une lâcheté indescriptible et qui démontre bien toute l’horreur des extrémistes de ce monde. L’extrémisme aveugle l’humanité et ne tourne le regard que vers soi… Jusqu’aux armes, au meurtre, à l’horreur : Mes opinions, ma justice, ma vengeance doivent s’exécuter à tout prix.

Le danger dans ces moments, c’est de perdre la perspective et de stigmatiser dans un événement une réalité encore plus troublante. Le danger est de se transformer nous-mêmes en ce que nous rebutons. Saisir les armes que nous avons sous la main, clavier et crayons, et tirer à boulets rouges sur les auteurs du crime. Et nous nous abaissons à leur niveau. Nous perdons alors notre objectivité et même notre humanité.

La liberté ou le respect

Nous avons entendu à de nombreuses reprises que ce n’est pas seulement l’occident qui est attaqué, mais toute la liberté d’expression. J’ai un malaise profond avec cette sacro-sainte liberté. Où s’arrête-t-elle? Doit-on lui mettre une frontière? Sans la museler, lorsque la liberté bafoue le respect elle devient arrogance et insulte. C’est une façon immature et antisociale de régler ses comptes. On peut être outré, l’exprimer, mais la façon dont on s’y prend révèle la maturité. Charlie a poussé fort sur le crayon de l’irrévérence et le respect était le moindre de ses soucis. « Il fallait que le monde sache ce que j’en pense » au risque de froisser, blesser ou même trainer dans la boue des valeurs profondes pour le plaisir de faire rire ou à peine réfléchir.

Lorsque la liberté d’expression écrase le respect de l’autre, nous devenons anarchiques, nous bafouons tout ce qui fait une société démocratique un lieu où l’expression est sanitaire. Rabaisser l’autre par l’intellectualisme, la caricature ou un propos humoristique qui masque à peine le mépris n’est pas plus évolué que le radical qui règle ses frustrations à coups de Kalachnikov. Ce n’est qu’une façon différente et immature de s’exprimer, indigne d’une société qui se réclame civilisée. Non, je ne suis pas Charlie, je suis chrétien et en tant que chrétien je ne peux entrer ni dans le camp du sarcasme et encore moins dans celui de la violence.

Provoquer et assumer

Un commentaire récurant entendu au travers les médias est « C’était inévitable ». Il y a une tendance de plus en plus évidente de notre côté de la planète. Nous crachons au hasard et croyons que jamais nous ne serons aspergés. Nous surexploitons la planète et nous mettons la tête dans le sable en croyant que cela ne nous affectera jamais. Nous vivons un rêve de confort et de liberté inatteignable pour plus de 80% de la population et nous trouvons étrange la révolte des pauvres. Notre société, à bien des égards, ressemble à cette monarchie que le peuple a délogée lors de la Révolution française. Inatteignable, méprisante et surtout aveuglée par sa propre splendeur.

Nous croyons du haut de notre tour occidentale que nous pouvons provoquer sans vergogne, et nous sommes surpris par la réaction (injustifiable ici, c’est évident). Comme si nous n’étions tout simplement pas prêts à assumer les conséquences de nos actes. Comme si nous étions inatteignables et que notre liberté nous donnait des droits que nous refusons au reste du monde. « C’était inévitable », disent-ils tous. Notre société aseptisée vient de se buter au mur du reste du monde. Tout comme le 11 septembre, c’est un mur dur, intransigeant et dont la démarche est à des années-lumière de la nôtre. Charlie a provoqué la rage de ces fanatiques, et je le répète, pour être certain d’être clair, ce qu’ils ont fait est absolument atroce. À chaque provocation, nous devons nous attendre à une réaction. Non, je ne suis pas Charlie. Je suis chrétien, et chez nous, nous ne provoquons pas nos ennemis ni ceux qui nous sont différents. Battus, nous tendons l’autre joue, torturée, nous prions pour eux.

Stigmatiser des martyres

Au même moment où cette atrocité était commise, à quelques kilomètres à peine, l’organisme Portes-Ouvertes, dévoilait le bilan des persécutions chrétiennes pour 2014 commises par ces mêmes extrémistes. La pire année depuis des siècles! Plusieurs milliers de mes frères et sœurs ont été tués, torturés, violés dans le plus grand silence. Plusieurs centaines de milliers d’autre ont vu leurs droits bafoués, ne pouvant travailler ni même se déplacer pour la simple raison qu’ils sont chrétiens. Ils n’ont pas insulté le prophète ni même dévoilé un regard défiant. Ils n’ont même pas sorti la plume contre l’épée. Ils existent, c’est tout ce qu’on leurs reprochent, et c’est déjà assez pour les exterminer.

Chaque drame est unique et l’intensité ne peut se mesurer dans la douleur. Chaque famille qui a perdu un cher est endeuillée et la blessure est vive pour tous les proches. Tous les journalistes sont aux barricades présentement, car leur communauté est attaquée de front. Je comprends, la compassion sélective, moi-même je suis vivement et directement touché au cœur lorsque j’apprends ce que ces terroristes font à mes frères.

Un confrère français, proche ami de Charlie, comparait les victimes de cette tuerie à des martyres morts pour une cause juste. La douleur tue l’objectivité. Et ma crainte est que cette douleur arrose tout ce qui est différent. Une quête de vengeance plutôt que de justice qui risque d’intensifier les conséquences irrationnelles de ces groupes intégristes et passer la facture a ceux qui n’ont rien à y voir.

Je ne suis pas Charlie, je suis Chrétien. Et parce que mon peuple subit chaque jour ce que ces douze ont vécu, je peux compatir et prier. J’entendais à la radio d’état que le problème était « les religions »… Difficile d’imaginer Jésus en terroristes. Le problème n’est pas la religion, mais ce que les hommes en font. Le danger est de généraliser et faire porter le chapeau de la vengeance à tout ce qui est différent et dérangeant… Et que les médias deviennent arroseurs à leur tour. Profitant du quatrième pouvoir pour opprimer par le sarcasme et la rumeur. Une guerre de maux ne vaudrait pas mieux.

Je ne suis pas Charlie, je suis un chrétien qui s’exprime, et qui assume sa liberté d’expression!

About the Author :

Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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