Le poison sucré
18 janvier 2016  //  By:   //  Pensée de la semaine, Style de vie  //  No Comment   //   607 Views

« Veillez à ce que nul ne se prive de la grâce de Dieu ; à ce qu’aucune racine d’amertume, poussant des rejetons, ne produise du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés » – Hébreux 12.15

J’ai lu l’histoire d’un homme, amateur de champignons, dont la passion l’amena tragiquement à la mort.  Il avait confondu dans sa récolte une espèce commune avec une autre mortellement toxique.  Apparemment qu’en bouche, le délice était complet, mais le résultat fut pourtant fatal.  Dans la forêt des mots, l’amertume est ce genre de poison qui nous amène inévitablement vers la mort…  Et non seulement la nôtre, car lorsqu’elle est laissée à son naturel, elle peut devenir une infection vénéneuse et transmissible, tel un rhume, par simple voie orale.  Le contact avec les paroles d’une personne infectée peut faire basculer les perceptions et la réalité du clair à l’obscur et transformer une forêt enchantée en un cauchemar éveillé.

Le goût sucré

L’amertume est cette disposition du cœur à entretenir du ressentiment, un rappel plus ou moins répétitif d’une offense, d’une injustice ou d’un certain regret.  Je repasse le film de la blessure, puis j’y ajoute mon propre scénario.  J’y greffe ensuite mon adaptation, jusqu’à y repasser un film d’horreur où les victimes deviennent les offenseurs, ou les faits, révisés par ma propre justice, réécrivent la vérité et me plongent dans une réalité virtuelle où je deviens le héros amer de l’histoire sans vainqueur réel, sans fin. Je me rejoue en boucle, et souvent même d’une façon obsessive, les quelques minutes où j’ai été victime du drame.

 

J’y recherche le sucre de l’illusion dans l’espoir d’une justice consommée rapidement.

 

C’est la cueillette empoisonnée et de surcroît, volontaire.  Je crois me délecter aux sources même de la ciguë.  J’y recherche le sucre de l’illusion dans l’espoir d’une justice consommée rapidement. Et pour tout dire, il y a une certaine satisfaction dans l’amertume.  Tel un psychotrope elle déforme la réalité et l’embellit.  Le temps qu’elle passe en bouche laisse des sensations illusoires qui satisfont le désir d’autosatisfaction.  Le temps d’un instant, on est presque ravi d’une joie trompeuse, d’une assurance que la situation, la personne, les événements, souches de mon amertume, tourneront à mon avantage personnel et qu’enfin je connaîtrai la paix de l’autojustification.

Le goût empoisonné

Plutôt que de trouver un délice pour l’âme, l’amertume nous laisse un goût… amer.  Une amertume qui vient d’une source corrompue :  le cœur humain.  Dans ses profondeurs, nous y trouvons une faune agressive et sans merci pour nos semblables.  Les abysses du cœur sont remplis de mauvaises pensées, de mauvaises intentions et de mauvais sentiments.  Malgré toutes les bonnes intentions que nous lui prêtons, et malgré le constat que certains font de sa pureté enfantine, il n’en demeure pas moins un lieu obscur où règnent la rapine et les épines.  C’est du moins ce que la Parole de Dieu en dit.  Le cœur interprète et aveugle, il décolore et rend insipide les meilleures actions.  Il détériore la vérité pour ne faire qu’un semblant de réalité, la mienne, la seule valable.

De cette source qui puise ses pensées à même le péché, chacun est responsable de boire ou non.  Le péché tapi dans le sous-bois de notre être ne demande qu’à détruire tous ceux qui osent s’opposer à notre propre justice et à notre amour propre.  L’amertume répond à notre besoin de protection, de valorisation et d’acceptation.  Mais la source falsifiée par le péché transforme ces besoins justifiés en désirs idolâtres au point de ternir et désirer détruire ceux qui nous entourent.  Nous y arrivons une pensée à la fois, puis la fermentation fait son effet, la pression siffle par une parole qui terni l’autre, et finalement en actions qui éclatent avec plus ou moins de force.

Un cancer de l’âme

Un sage chinois a dit : désirer se venger, c’est prendre un poison en espérant voir l’autre mourir. L’amertume, c’est le cancer de l’âme.  C’est la bactérie qui transforme un aliment sain en un poison mortel.  Tel le botulisme, elle paralyse les sens et finit par atteindre toutes les fonctions vitales, jusqu’à arrêter de respirer. C’est la mort de l’âme.  Pour un régénéré, c’est la zombification d’un vivant se comportant comme un mort.

L’amertume gruge lentement, à petit feu, étape par étape, mot par mot et pensée après pensée, dirigée vers l’obsession du rétablissement de la justice, jusqu’à l’aveuglement spirituel. Et par surcroît, l’amertume se transmet.  Elle se propage au travers des paroles, par le simple fait de déformer la réalité envers une oreille crédule. Nous falsifions par nos propos savoureux, teintés de médisance et saupoudrés d’une pincée de calomnie, nous inoculons notre amertume au fond du cœur d’une tierce personne.  Nous influençons sa réalité pour lui faire accepter la nôtre.  Et nous avons ce sentiment d’avoir un allié, une victoire, un semblant de justice alors que c’est notre propre condamnation que nous signons. L’amertume a ses rejetons, et infecte son entourage, elle a ses racines et brise les fondations souvent solides, par une séduction naturelle qui entraîne tous ses adeptes vers le tréfonds du mensonge.

Un antidote

Le seul antidote efficace pour contrer ce poison est la puissance régénératrice de l’Évangile.  Si je subis un tort ou une injustice quelconque, l’œuvre de Christ me ramène invariablement à la justice véritable. Le miroir de la croix me reflète le visage de mon péché, et la véritable nature de ce que je suis : offenseur et agresseur devant Dieu.

Le regard que j’ai envers les torts que je subis, peu importe leurs justifications, doit passer premièrement au travers de la lunette de ma propre condition.  Puis admirer toute la grâce que Dieu exerce à mon égard. Son amour inconditionnel, et toute la provision d’amour, d’acceptation et de patience qu’il manifeste envers moi.  La grâce nous élève et nous fait passer de vengeur à rédempteur.  Puis  je prendrai une décision qui transformera toutes mes relations : agir envers mon prochain de la même façon que Dieu le fait envers moi.

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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