La mort tombée du ciel

Durant le sommet du G7, le président Obama en a profité pour visiter le parc mémorial pour la paix d’Hiroshima. 71 ans plus tard, la radioactivité tend à retomber.  Du bout des lèvres le président américain a exprimé que la décision de LA bombe était tragique, mais qu’en temps de guerre, un président a souvent des choix difficiles à faire, en qualifiant l’événement de la « mort qui est tombée du ciel »1.

L’image est saisissante.

À l’instar des chevaliers de l’apocalypse, l’épée à la main, semant la destruction, la mort et le malheur.  Une vision de la fin des temps bien actuelle où nous avons vu ce bombardier reluisant, presque beau, viser la petite ville et retourner le plus rapidement possible à sa piste d’atterrissage, laissant derrière lui la destruction totale et des dizaines de milliers de morts.   Une ville grouillante, rasée en une fraction de seconde, stigmatisant toute une planète et ce, pour toujours.  Hiroshima fait partie de ces événements historiques dont le nom se mêle à la honte.

La mort tombée du ciel, comme si l’événement était sous la gouverne des dieux, Mars en l’occurrence, dieu de la guerre, profitant des faiblesses humaines pour nous tourner les uns contre les autres et faire en sorte que l’on s’entretuent.  Nous, victimes des lubies imprévisibles d’une divinité capricieuse et hargneuse.

Quelques historiens doutent de la pertinence de cette première bombe nucléaire, mais le choix de la seconde, elle, sur Nagasaki quelques jours plus tard, ne laisse aucun doute.  Elle exprime quelque chose de beaucoup plus profond : la victoire durant une guerre se gagne par la pression du sang.  Une pression à froid qui éclate dans une coupe de colère à peine masquée.  La guerre est ainsi, depuis que l’homme est homme, depuis Caïn contre Abel puis tous les autres meurtriers, justifiés par une paix illusoire.

En fait, la mort ne vient pas du ciel, mais du Cœur de l’homme.  C’est la réalité profonde des guerres et Hiroshima n’y fait pas exception.  Remettre la responsabilité a un affreux bombardier, à un président d’état aseptisé ou un coup du destin, c’est dépersonnaliser, presque blanchir des actes effroyables et horribles qui n’expriment au fond que ce qui empli le cœur humain.

L’histoire de l’homme, c’est l’histoire des guerres, disait un autre guerrier, et croire que la mort descend du ciel c’est croire que l’homme peut s’en laver les mains.

Le leader et le temps de Dieu

« Mais Jésus leur répondit : Mon Père agit jusqu’à présent ; moi aussi, j’agis. » – Jean 5.17

Dans son livre « L’église une passion, une vision », Rick Warren parle des vagues de l’Esprit.  Il compare les leaders a des surfeurs qui se doivent de prendre les vagues que Dieu leur amène, et ce, au bon moment.  En regardant des reportages sur l’art du Surf, j’étais fasciné de voir jusqu’à quel point l’instant précis où l’on doit ramer jusqu’à la vague, puis chevaucher la planche au bon moment était important.  Savoir prendre la vague à temps peut qualifier ou disqualifier le surfer.  Pour le leader chrétien, l’art du quand est aussi important que celui du quoi et du comment.

De nombreux leaders se sont empêtrés dans de nombreux tourments en précipitant leurs pas et en prenant des décisions trop hâtives.  D’autre ont passés à côté d’opportunités et manqués la vague en hésitant à outrance.   Ce qui définit un bon leader est celui qui prend les bonnes décisions ; mais ce qui définit un leader exceptionnel sera celui qui prendra ces décisions au bon moment.  Comment arriver à discerner le temps de Dieu dans les décisions que nous devons prendre ?  Voyons quelques pistes dont tout leader doit tenir compte afin de discerner le bon moment de l’action.

La perspective

Si on veut surfer avec Dieu, on doit commencer sur les genoux !  Apprendre à comprendre la perspective éternelle de Dieu.  Les heures en compagnie du Roi éternel ne sont pas des minutes perdues, mais investies dans la seule et unique stratégie qui en vaille la peine.  Le temps de Dieu n’est pas notre temps.  Il n’est pas soumis au stresse de la performance ni des risques inhérents aux mortels.  Pour Dieu, la mort n’est qu’une étape vers une éternité présente.  Le leader charnel sera bousculé par le temps et les échéances en croyant que tout le travail repose sur la petite fenêtre de son vivant.  Le leader spirituel quant à lui prend le recul nécessaire afin de voir les événements et l’histoire comme un plan déroulant où chaque décision est le fruit des décisions individuelles, mais dont l’issue ultime sera l’accomplissement du plan divin.  Cette perspective n’est possible qu’aux pieds du maître.

Le processus

Un mentor m’a donné un précieux conseil il y a plusieurs années : chez les leaders chrétiens, ce n’est pas autant le but qui est un problème, que le processus. Fais attention comment tu te rends à ton but.  En effet, pour la grande majorité des leaders chrétiens, ce n’est pas les intentions, ni même la vision qui fait défaut, mais le chemin pour s’y rendre.  L’enthousiasme et la hâte de voir la volonté de Dieu se réaliser nous font oublier que le plan de Dieu ce sont des individus : son Église.  Le chemin préconisé par le Seigneur pour y arriver est l’Évangile, le moyen utilisé est l’amour au travers la grâce de ce même Évangile.

La tentation peut être grande et même échapper à notre conscience d’utiliser les gens comme des pierres vivantes afin d’accomplir ce que nous croyons être Son plan.  Nous ne jouons pas aux échecs !  Paître le troupeau de Dieu exige du temps, de la compréhension, de la douceur, de la circonspection et beaucoup de délicatesse. D’ailleurs, Jésus n’a-t-il pas dit :

« Et quiconque donnera seulement un verre d’eau froide à l’un de ces petits parce qu’il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense. » – Matthieu 10.42

Dans notre hâte, soyons prudents, hâte-toi lentement !  Le temps de Dieu passe par son Église et son église ce sont des personnes de la même valeur que Jésus.

 

Dans notre hâte, soyons prudents, hâte-toi lentement ! 

 

Le but ultime

Bien plus que de faire des choses, Dieu désire transformer notre caractère et sanctifier l’église.  Nous sommes souvent embourbés dans les structures et les programmes, et ils sont nécessaires afin d’amener l’église dans la voie de l’évangile, mais ils ne sont pas le but en soi.  Ils sont le squelette utile pour la transformation des croyants en vue de l’œuvre du ministère.  Visiter les malades, prendre soin des brebis faibles, encourager celles qui sont découragées est plus utile au Royaume que de nombreuse réunion d’administration.

Je désire être clair ici : je crois que la structure et l’organisation dans l’église ont une place essentielle, mais pas au prix de la négligence.  Négliger les croyants, c’est négliger l’église et par conséquent le véritable plan et but ultime.  Construire des programmes est relativement rapide et donne une impression d’efficacité.  Prendre le temps de construire dans l’âme exige beaucoup de patience et nous expose à des résultats souvent imprévisibles.

Le temps de Dieu s’étire au travers la croissance des croyants vers la stature parfaite de Christ.  Tout le reste n’est qu’accessoire.  À nous de faire le bon choix dans nos priorités.

Leader n’est pas accomplir

Nous sommes leaders, des outils entre les mains d’un Dieu souverain.  Des serviteurs engagés dans un agenda qui n’est pas le nôtre.  Des esclaves qui ne pourront jamais aller au-delà de ce que le maître demande.  Nous sommes des serviteurs inutiles, car celui qui accomplit, ce n’est pas nous, mais Dieu.  Nous nous inquiétons et sommes rapidement anxieux lorsque les événements ne vont pas dans la direction prévue, nous avons l’impression de perdre notre temps, alors que le temps appartient à Dieu.  En fait, nous ne sommes pas les bâtisseurs de l’église, mais les serviteurs.  Un dicton dit : nous devons porter l’église sur notre cœur et non sur nos épaules.   Le temps de Dieu se déroule au travers le plan de Dieu… non le nôtre !

Et si…

Le temps de Dieu était sur… des milliers d’années.

Nous ne sommes que des surfeurs à relais avec une infime partie de la course à exécuter afin d’avancer vers la nouvelle Jérusalem.  Le temps devient bien relatif dans un agenda éternel !  Lorsque le leader comprend ce principe, il réalise que l’important, ce n’est pas l’activité, ni même le temps qu’il prend, mais ceux qui surfent avec lui, afin que le plus grand nombre traverse la vague !

La censure, c’est sûr

La nouvelle de la semaine, c’est l’indignation de Mike Ward devant la censure que lui a fait subir les avocats de la compagnie d’assurance du gala des Oliviers, où il devait présenter un numéro1. Jusqu’aux collègues humoristes qui s’en sont mêlés, avec les masques ornés du X digne des victimes d’états totalitaires.  C’était une belle solidarité.  Maintenant, Mike Ward songe à boycotter la compagnie persécutrice2.

Je vous avoue sincèrement que je comprends profondément ces sentiments d’indignation devant une injustice si flagrante.  Se faire rabrouer et interdire de dire ce que l’on croit juste, se faire rabaisser, et même humilier en raison de ses opinions, je l’ai vécu plus d’une fois comme chrétien. Parfois en famille, d’autre fois à l’école. Pointé du doigt, mis à l’index, ridiculisé et injurié.  Je sais que je ne suis pas le seul, et je ne parle pas d’un obscur christianisme intégriste des extrémités de la terre.  Je suis un chrétien assez timide, qui pourtant n’a pas honte de ses opinions.  Un chrétien au Québec, terre de l’acceptation des opinions, de la liberté de religion et des humoristes persécutés.

Je comprends ce goût amer et suret de la censure qui nous éclabousse subitement, souvent lorsque l’on croit vraiment bien faire.  Mais nous, nous n’avons pas l’espace médiatique pour faire valoir nos droits.  En fait, les médias sont plutôt une source de sure qu’une plateforme d’expression pour les quelques milliers de chrétiens qui habitent le Québec.  Mais je ne veux surtout pas transférer le martyre, chacun son combat.

Lorsque j’ai vu par la suite tous ces humoristes masqués s’indigner cette fois-ci contre un des leurs, Martin Matte qui a osé faire une remarque acerbe sur la vie privée d’Éric Savail3, a un autre collègue humoriste à ses heures, j’ai alors senti une réelle confusion.  Deux poids, deux mesures. L’arroseur arrosé tolère mal le goût suret de la douche froide. Oubliant la veille, ils en appelaient… à la censure !

Il y a une incohérence…

Il faut dire que le Seigneur des humoristes n’a pas été la victime d’une censure, jusqu’à en être crucifié pour le faire taire.

Lorsque ton modèle est lui-même une victime de la censure, ça aide à supporter celle-ci avec dignité, prier pour ceux qui nous ridiculisent et tendre l’autre joue en sachant qu’il y a bel et bien une justice en ce monde.  Et la vie continue.  Nous n’arrêterons pas de parler, et ils n’arrêteront pas de blaguer…  Et c’est sûr !

La tyrannie des désirs

Caitlyn Jenner, le célèbre transgenre désire désormais redevenir un homme1.  Après avoir fait la une du Times magazine et avoir été nommé femme de l’année, les complications générées par le changement lui font faire volteface après seulement quelque mois habité dans sa nouvelle identité.

Le troublant dans ce fait divers, n’est pas tant le fait qu’une personne veuille changer de sexe, mais plutôt la capacité que notre société donne maintenant afin de réaliser des désires inatteignables il y a seulement quelques années. La chirurgie et les avancées médicales nous amène dans le monde du « sky is the limit », la consommation va maintenant jusqu’au changement drastique d’identité sexuelle.  Quitte à revenir homme après avoir été femme.

Nez, joue, fesses, seins, menton, yeux, oreilles, même les chirurgies les plus intimes, font désormais partie de la palette sculptante dont chacun peut accéder afin de devenir la personne de ses envies, jusqu’à devenir la Barbie de mes rêves, une réplique de vedette adulée ou encore me mouler en ce que je désire et rêve.

Il y a derrière ces changements quelques fois drastiques, un mal de l’être, un refus du présent et de ce que je suis.  À cela, ajoutons l’obsession de l’immédiat, le refus d‘attendre et de laisser le désir découvrir le besoin.

Ce qui m’inquiète probablement encore plus, c’est que les progrès grandissants de la science risquent fort de nous transporter très bientôt aux confins de la génétique, de l’Eugénisme postpartum et du makeover extrême.  La prochaine étape est le surhomme intellectuel via des implants cérébraux qui décupleront nos capacités cognitives.

Qu’est-ce qu’il y a de si négatif a demeurer ce que nous sommes et apprendre simplement à vivre ?

Comme si le bonheur véritable dépendait de ce qui m’enveloppe plutôt que de ce je suis.

Et quand les années s’accumulent, que l’enveloppe devient flasque, molle, faible et impotente, que reste-t-il de tous ces changements ? Sinon le vague souvenir d’un désir qui n’aura rempli qu’un faux besoin et dont l’essentiel restera encore à découvrir.