La péremption du pasteur

Est-ce que le leadership a une date d’expiration?  Comme pour les aliments courants, devrait-on y mettre une date en précisant : meilleur avant?   Est-ce que le temps peut altérer les propriétés fondamentales d’un leader pasteur?

La réponse risque de surprendre.

Il n’y a pas de date fixe ou un âge limite.  En effet, tout dépend de la conservation et des ingrédients.  Nous pouvons avoir des ingrédients fantastiques favorisants un leadership fort, mais mijoté dans une cuisine insalubre ou conservée négligemment, le risque alors de rancir voire faire pourrir l’intérieur du leader est plus que probable.

Voici donc cinq ingrédients de bases pour tout bon leadership qui favorisent, mais n’assurent pas le succès pastoral. Le temps s’occupera de bonifier ou de faire tourner même les meilleurs.

Premier ingrédient : Le caractère

Le caractère est un ingrédient fondamental à tout leader.  Jeune, il est souvent sec ou épicé.  Des arômes vifs et intenses avec un bagage personnel qui créera un caractère unique à chacun.  C’est le point de départ de tous les leaders.  Nous les acceptons, car nous les aimons, leurs qualités de leadership s’expriment au travers leurs manières d’être et de réagir… c’est leur caractère.

Pour tous, l’orgueil est un ingrédient plus ou moins évident, quoique toujours présent, il devrait normalement s’estomper avec le temps.   En effet, ce que chacun fait avec les expériences du quotidien, la façon dont mijote les réactions, donneront de la profondeur, ou de l’amertume, et ce, à un rythme rapide, mais, plus souvent lent, presque imperceptible pour ceux qui les côtoient.  Pour équilibrer ce problème, la sauce doit être brassée avec la croix.  Le miroir des souffrances de Christ estompe l’amertume.  Le leader qui ne revient pas quotidiennement au pied de la croix se condamne au risque de l’aigreur en fin de course.

 

Le temps s’occupera de bonifier ou de faire tourner même les meilleurs.

 

Deuxième ingrédient : La compétence

Chacun a son bagage de réalisations, d’études, de curriculum et d’expérience toujours pertinente j’en suis convaincu.  Jeune, le leader se camoufle souvent derrière elles afin de pallier son manque de vécu et dissimuler son insécurité.  Avec le temps, les réalisations se multiplient, l’assurance grandit, le leader se gonfle.  C’est un combat inévitable : croire que par moi-même je puisse réaliser quoi que ce soit.

De nombreux leaders ont laissé le soufflé se gonfler au point de s’emplir d’air et de rien d’autre.  Un contenu décevant qui ne satisfait que celui qui le regarde.  Je sais tout, j’ai déjà vu et entendu, finissent par boucher les yeux et les oreilles des meilleurs leaders. Les compétences et l’expérience sont de bonnes choses, à condition de laisser Christ travailler au travers nous.  Il n’y a qu’une façon de dégonfler le ballon : la couronne d’épines.  Être prêt à souffrir, même injustement, malgré toute la connaissance et la préparation que me procurent mes compétences.

Troisième ingrédient : La capacité

Jeunes, nous sommes vifs, actifs et vigoureux.  Avec le temps, les réflexes s’estompent, l’oubli nous rejoint et la force s’affaiblit.  Une étude récente révèle que le cerveau change avec les années sans nécessairement se dégrader, il se transforme.  Frétillant et intempestif au départ, il devient plus stable émotionnellement avec le temps, capable de traiter des problèmes complexes moins rapidement, mais avec une plus grande profondeur, avec plus de perspective.   Plusieurs obstinés refusent d’accepter ce fait.

On revient au vieil adage : si jeunesse savait, si vieillesse pouvait!  Malheureusement, plusieurs jeunes leaders se privent de la richesse de vieux cerveaux misant uniquement sur la performance.  En contrepartie, de nombreux leaders en déclins refusent d’admettre leurs limites.  Le résultat est une tendance vers un leadership fade, dont la saveur persistante des ministères devient uniforme, sans ce mélange des générations qui enrichit invariablement le tout.  Un regard honnête est nécessaire afin de réaliser ce que Jésus désire faire au travers nous.  Un travail conjoint où chacun met au service de l’église ses saveurs propres.

Quatrième ingrédient : La compatibilité

Il y a des ingrédients qui se combinent avec tout, comme le sel, et d’autres qui sont pratiquement incompatibles, comme tenter de mélanger de l’huile dans l’eau.  La compatibilité du leader est un autre ingrédient essentiel à tout leadership.  Le travail d’équipe est indispensable pour avancer ensemble.

À force d’embuches pour les plus vieux, ou d’impatience pour les plus jeunes, il résulte un désir de voir des résultats rapides et d’avancer seul.  Souvent terré sous une volonté de faire le bien de la bonne façon… la nôtre!  Au risque de terminer avec une saveur âcre, sec et inconsommable.   Le leader solitaire qui se laisse croire que sa saveur est si exceptionnelle qu’elle ne peut se mêler à aucune autre se condamne à une illusion, et ce, à la portée de tous les âges du leadership.

Tout comme l’huile et l’eau, un émulsifiant est nécessaire pour permettre le mélange.  Un jaune d’œuf, fouetter vigoureusement et nous avons une délicieuse mayonnaise.  Pour ce faire, chacun doit accepter de mourir à sa saveur propre et se laisser transformer vers celle de Christ au travers l’église.

Cinquième ingrédient : le cœur

Qu’est-ce qui fait qu’un leader se bonifie avec l’âge?  Un cœur disposé à laisser le regarde de Dieu le scruter en profondeur.

« Sonde-moi, ô, Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! »   -–­Psaumes 139. 23, 24

Une introspection essentielle, avec humilité, dans tout le réalisme de l’acceptation de mes limites propres et de mes capacités présentes.  Le désir non de construire l’église, mais d’être l’Église, dans cette compréhension unique, qu’elle se compose d’une multitude d’ingrédients hétéroclites, dont seul Jésus peut donner la saveur et l’odeur de Christ.

Est-ce que le leadership a une date d’expiration?  Absolument pas!   Si l’agent de conservation est le regard de l’Esprit au travers sa parole et que le leader est prêt à se laisser cuisiner par Christ, aucun âge ne devrait limiter le ministère… Et même si toute nous capacités étaient réduites à néant, cloué comme une crêpe dans le fond d’un lit, il nous restera toujours la prière pour continuer notre service…  Ce qui n’est pas rien!

L’Écho du ciel!

La semaine passée, je suis allé au concert.  Comme des centaines de personnes ce soir-là.  Comme des milliers de personnes, voir des millions cette année.  Rien de surprenant, c’est le quotidien banal de la plupart d’entre nous.   Et pourtant, quelle soirée!  Ce n’était pas tant les notes de musique, la technique des instrumentistes, ou encore le chef exceptionnel.  C’est la musique, juste la musique!

La musique, c’est le propre de l’humain, personne d’autre sur la terre ne joue de musique.  Certains singes tapotent au hasard, des oiseaux gazouillent pour avertir, mas rien ne se compare à la musique.  C’est un élan de l’intérieur dont personne ne se lasse.  C’est l’expression de nos émotions transformées en son, et distribuées à tous dans un langage compris de tous.  L’art, c’est l’alphabet des sens.  Un langage universel qui se comprend entre nous au travers le monde entier.  La musique, c’est l’air de nos sentiments.  Nous respirons par elle.

 

L’art, c’est l’alphabet des sens.

 

La musique inonde nos sens, elle nous envahit et nous enrobe, nous transporte dans un monde parallèle. Écoutez un film sans musique et vous comprendrez combien la musique ajoute et précise, combien elle enveloppe avec une texture unique impossible à reproduire même avec les meilleurs acteurs.

La musique envoûte et nous fait décrocher de la réalité et du présent.  Un instant d’éternité que nous vivons et qui nous transporte a la source même des intentions de Dieu :  Sa gloire!  Dieu brille au travers la musique, pourvu que nous le percevions.  La musique est un écho du ciel, un écho lointain que nous recherchons sans cesse.  Un Graal et une quête sans relâche on notre cœur intérieur cherche une connexion perdue et dont la musique tend la main.

La musique est un souvenir, un résidu d’un lointain passé ou corps, âme et Esprit étaient en harmonie avec le créateur.  Ou la musique exprimait le débordement de joie de Le connaître. D’être un avec Lui.  Un écho lointain.  Une pâle reproduction que nous nous acharnons à recréer dans l’espoir d’y retrouver une goutte d’éternité.

La musique enivre et nous fait perdre pied.  Elle fait tourner la tête et accompagne dans la joie et la tristesse, révélant tour à tour nos états d’âme.  Chacun a sa chanson qui lui rappelle un moment joyeux ou triste.  Elle nous accroche en bas alors qu’elle devait nous transporter plus haut.  Elle accroche, et nous en sommes dépendants.   Plus on nous en donne, plus nous en voulons.  Nous sommes tous des accros!  Dépendant de musique.  Une musique pourtant déconnectée de sa source, une pâle copie de l’œuvre originale.

Lorsque j’écoutais l’oratorio Elijah de Mendelssohn, mardi passé, je vivais l’interprétation de sa vie, les sentiments, le désespoir et les victoires telles que l’auteur les a imaginés. Et c’était magnifique, majestueux.  Tout le chœur St-Laurent et l’orchestre de chambre de McGill, ont accompli leur travail avec brio.  J’ai oublié qu’ils étaient là!  Pourtant si nombreux, la musique jouée sans anicroche transcendait ce qui se passait sur scène et m’amenait dans l’univers de l’œuvre.

Souvent je me demande ce qu’aurait l’air la musique de l’auteur des auteurs, l’Artiste divin, le Seigneur!  Être en connexion directe avec ses émotions, avec ses pensées puis les ressentir comme l’œuvre que j’ai entendue.  Une musique en direct, sans l’interprétation de notre chair.   La seule façon d’y arriver, c’est de diriger la musique.  La diriger vers le haut et l’offrir à Dieu comme un sacrifice.  Révélant toutes nos limites, et tout notre désir de découvrir la partition en entier.

« Ne vous enivrez pas de vin, c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit ; entretenez-vous par des psaumes, par des hymnes, et par des cantiques spirituels, chantant et célébrant de tout votre cœur les louanges du Seigneur »  – Éphésiens 5 : 18, 19

Et je chante alors à Dieu, vers Dieu, des cantiques que je connais, je prends ma guitare et je loue.  Peu importe la qualité ou l’interprétation, je ne fais pas un spectacle, je connecte, mon âme, mes émotions et me laisse immerger par la présence de Dieu.

Et lorsque j’écoute un oratorio, ou toute autre musique, je recherche l’écho de la voix divine.

La fin du monde!

Depuis quelques mois, les événements internationaux semblent captiver l’attention voir entretenir la peur et la paranoïa.  Guerre en Syrie, menaces nucléaires en Corée du Nord, regain des hostilités en Ukraine, attentat en Allemagne, chez mes amis chrétiens, plusieurs y vont allègrement sur les réseaux sociaux pour exhiber jusqu’aux sites conspirationnistes les plus virulents.

C’est la fin du monde, et le décompte est lancé!

Mais de quoi a-t-on peur?  D’autant plus que cette panique subite n’est pas digne de l’espérance qui nous habite.   Jésus nous avait averti que la vie ici-bas ne serait pas de tout repos.  Même au point que tout n’irait pas en s’améliorant.  (Luc 21:9) L’histoire de l’humanité c’est l’histoire des conflits et des guerres, depuis Caïn qui tua son frère, et ce, jusqu’au dernier conflit illustré à la une du journal.  La fin du monde, nous l’avons vécue à la chute.  Le monde tel qu’il était destiné est mort cette journée-là!  Nous attendons maintenant le rétablissement et le retour de Jésus.  Nous devrions être les personnes les plus joyeusement en paix sur cette planète. La manière dont nous réagissons et même inondons les réseaux sociaux, reflètera ce qui habite notre cœur.  Non que nous nous réjouissions du malheur.  Non que nous sommes insensibles à la misère qui nous entoure, mais parce que nous avons rencontré celui qui donne la vie.

Certains répondront qu’ils sont un nouveau genre de sentinelle, avertissant le monde du danger imminent.  Les sentinelles de l’ère Facebook, utilisant les moyens électroniques pour diffuser un sérieux avertissement au monde virtuel.  Cependant, noyés dans un océan d’information, où presque la moitié du verre s’avère être des canulars ou des histoires douteuses, nous devons être prudents quant à nos sources, et surtout au message que nous désirons laisser derrière nous. Je préfère être calomnié pour une histoire vraie que pour une fabulation bien ficelée.  Le monde n’a pas besoin d’épouvantails supplémentaires, d’autres s’en chargent déjà avec brio.  Le monde a besoin d’espoir et de réconfort.  Dieu nous l’a confirmé il y a deux mille ans lorsqu’il est venu lui-même nous montrer la voie.

Gardons notre calme, Dieu est en contrôle et notre paix peut être contagieuse.  Plutôt que de lancer des cris d’alarme, lançons des cris d’espoirs.  Regardons autour de nous et soyons attentifs aux victimes de la fin.  Un enfant qui se meurt, une famille qui perd tout, un couple qui divorce, et nous, témoins de ces malheurs nous pouvons apporter un peu de joie et de bonheur au cœur d’un monde qui se détruit perpétuellement.  Une main tendue aux démunis, aux malheureux.  Un mot de réconfort et d’encouragement à celui qui est rejeté ou mis de côté.  Tous ces gestes ont beaucoup plus d’impact éternel et s’accordent parfaitement avec notre raison d’être ici.

Nous sommes des porteurs de bonne nouvelle, pas de mauvaises!

« L’herbe sèche, la fleur tombe ; mais la parole de notre Dieu subsiste éternellement. »

 – Esaïe 40:8