Un dimanche ordinaire

Venir à l’église pour plusieurs fait partie d’une habitude comme faire de l’exercice, bien manger et vivre sainement.  Tous ces dimanches se ressemblent et se suivent invariablement dans une routine sécurisante.  Dimanche dernier ne faisait aucune exception.

La célébration débute à onze heures le matin, et les premiers arrivés, vers dix heures, sont là pour prier afin que le service soit à la hauteur de notre Sauveur.  Les placeurs arrivent un peu plus tard et s’assurent que tout est en place afin que rien ne vienne déranger le déroulement, que tous soient à l’aise avec le chauffage, la climatisation, le confort des chaises.  Les techniciens et musiciens sont déjà là, peaufinant les derniers morceaux qui feront de ce service un élan d’adoration.  Comme à tout les dimanches, nous désirons de tout notre cœur accompagner la congrégation vers le ciel.

Onze heures tapantes, le diacre préposé aux annonces monte sur la scène : « Bienvenue à votre église, une belle famille vivante pour Dieu!  Notre équipe de louange va nous accompagner maintenant dans l’adoration ».

La musique nous élève, le dirigeant est particulièrement en forme ce matin.  Très inspirant.  Les musiciens sont excellents, ils ont bien pratiqué, ça parait!  C’est tellement édifiant de pouvoir commencer notre célébration dans la louange.  Nous avons presque l’impression de toucher le ciel.

Onze heures trente, des voyous à l’extérieur font probablement éclater des pétards.  En grappe, les fidèles tournent les regards vers la porte, derrière eux.  Les claquements répétitifs se rapprochent rapidement.  Quelque chose semble frapper la porte mi-close.  Plusieurs coups en fait.  Comme si on lançait des cailloux sur le bâtiment.  Brutalement, la porte s’ouvre et un jeune homme apparait.  Un fusil à la main, tout vêtu de noir, il est seul et commence à arroser les fidèles d’une pluie de projectiles.  La musique se tait. Des cris, de la frayeur et une paralysie totale, le tout noyée dans l’horreur.

Après avoir visé le groupe, l’homme passe systématiquement les rangées en commençant par la dernière et s’avançant vers la chair.  Il exécute méthodiquement d’une balle dans la tête chaque personne.  Hommes, femmes, enfants.  Aucune distinction.  La scène est filmée.  Vingt-six de la cinquantaine de personnes présentent vont mourir ce matin.

Puis l’homme repart comme il est arrivé, en coup de vent, dérangé par les sirènes retentissantes.  On le retrouvera un peu plus tard décédé dans son automobile.

Rien d’ordinaire

Cet homme n’avait rien à voir avec l’état islamique, c’est ce que plusieurs auraient espéré.  Le méchant aurait été plus facilement identifiable et condamnable, mais en fait, nous ne savons que peu de chose sur l’homme en noir, sinon qu’il est athée en avait lourd contre Dieu et l’église.  Un jeune homme blanc qui avait un compte Facebook comme tout le monde.  Ce gars était le voisin d’en face, le gars dans la ville d’à côté.  Rien ne laissait présager ce qui allait se passer dans cette petite église anonyme du Texas dimanche passé, un groupe de croyants tranquilles, sans importance et presque insignifiant, mis sur la sellette et sur le fil de presse bien malgré eux.

Un retour

Une chose troublante est de voir l’événement banalisé même par plusieurs chrétiens.  Nous sommes tellement saturés d’actes violents.  Notre conscience est engourdie et détachée de l’horreur.  Nous la créons, la regardons, comme un spectacle, comme un nouvel épisode d’une série sanglante dont les acteurs ne sont pas vraiment réels.  Jusqu’à ce que l’homme en noir fasse irruption dans notre univers.

Cette réalité était pourtant celle des chrétiens des premiers siècles.  C’est la réalité présente des pays où le christianisme est persécuté.  C’est la réalité de près de la moitié des états de la planète.  Chaque fois que des chrétiens s’y rassemblent, la possibilité est bien réelle qu’un homme ou une troupe débarque pour une exécution de masse.

Ça peut aussi arriver de notre côté de l’Atlantique, à l’occasion, sans prévenir, sans raison.

Que penser?

Je ne risquerai pas de pourquoi.  Dieu seul sait, et je ne créerai pas de polémique sociale non plus.  les leçons valent mieux que les raisons.

Le chef de police de la localité a exprimé une grande vérité : devant l’absurdité et le drame de voir des gens que l’on aime mourir aussi brutalement, profitons de l’instant présent pour exprimer à ceux qui nous entourent combien nous les aimons.

Jésus ne nous a jamais promis la sécurité ni le confort.  Nous l’avons créé et nous nous y sommes habitués.  Nous mortifier dans la culpabilité de notre insensibilité et notre amour de la facilité ne règlera rien, sinon peut-être une petite prise de conscience.  Une conscience influençable, et qui s’engourdit si facilement.

 

Devant l’absurdité et le drame de voir des gens que l’on aime mourir aussi brutalement, profitons de l’instant présent pour exprimer a ceux qui nous entourent combien nous les aimons.

 

Dimanche prochain

Ce dimanche qui vient est un autre dimanche ordinaire.  Le seul moment de la semaine, pour plusieurs, où notre foi est partagée dans un même lieu.  Prenons conscience que tout cet environnement, la musique, la prédication, les chaises confortables, le chauffage et toute la boîte bien fabriquée n’ont qu’un seul but : nous faciliter la tâche afin que nous exprimions ce que Christ a fait pour nous.  N’oublions pas que la première exécution du christianisme, c’est Lui qui l’a subi par amour pour nous, afin qu’à l’amour que nous avons les uns pour les autres, le monde sache que nous sommes ses disciples.

La véritable épreuve, le véritable test d’une église, n’est pas quand l’homme en noir apparait.  C’est dans cette myriade de dimanches ordinaires où nous avons l’occasion de vivre la foi comme Jésus sur la croix, en exprimant le pardon et en étant prêts à donner notre vie pour nos frères et sœurs.

Dimanche prochain est un autre dimanche ordinaire.  Il nous appartient d’en faire un dimanche extraordinaire.

La réforme intérieure

Cette semaine nous, célébrions le 500e anniversaire de la réforme, ou plutôt, du moment ou Martin Luther placarda ses 95 thèses, sur la porte de l’église du château de Wittenberg.   Il dénonçait particulièrement le mercantilisme du ciel au travers les indulgences. L’instigateur le fit au terme d’une profonde recherche d’espérance : comment être certain de mon salut?

La réforme est depuis devenue une bannière dans notre vocabulaire, réforme de la santé, réforme scolaire, réforme chez les forces de l’ordre, réforme de l’état… tout y passe et a besoin de réforme! Signe que quelque chose ne va pas et a besoin d’être revisité pour en changer son fonctionnement.

Une réforme individuelle

En fait, nous avons tous besoin d’être réformés.  Il est facile de regarder à l’extérieur et y voir tout ce qui ne fonctionne pas comme il devrait.  Se regarder en face est autre chose.  Y voir ce qui ne va pas et amorcer un plan de changement est courageux, et même parfois téméraire.  Il faut beaucoup d’humilité et de volonté.

La réforme protestante a débuté par la réforme d’un seul homme qui s’est allumé dans son intérieur : j’ai besoin de réformer ma certitude!  Je ne peux pas être sauvé par les œuvres des indulgences, car lorsque je lis la Parole de Dieu j’y vois une voie diamétralement opposée.

« Parce qu’en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi ». – Romains 1:17

Tout a commencé par un individu qui a été touché individuellement.  La véritable réforme commence au cœur, dans l’intimité, avec moi seul en face d’un problème et d’un désir.  Le problème de l’homme pécheur et le désir d’un Dieu sauveur.  Si la réforme protestante ne nous touche pas violemment de l’intérieur premièrement, elle est inutile.  Elle devient une simple rénovation et perd sa puissance de réformation.   Elle n’est qu’une couche de peinture appliquée sur un mur contaminé par la moisissure.

 

  Si la réforme protestante ne nous touche pas violemment de l’intérieur premièrement, elle est inutile.

 

Une réforme spirituelle

Il y a 500 ans, la réforme a touché les royaumes, les structures et la politique de l’époque.  L’Europe s’est scindée en deux, protestants d’un côté et catholiques de l’autre.  Facile de forger des formes à la réforme.  On structure, dicte et politique.  Tout comme dans notre vie.  La réforme peut être personnelle, mais pour y voir toute la puissance restauratrice elle doit tout d’abord être spirituelle.

On ne réforme pas une religion ou une façon de faire.  La réforme n’est pas une reconstruction des institutions, mais un changement en profondeur du cœur.  Non pas dans ses habitudes séculières, mais dans son approche de Dieu.  Sa vision spirituelle va au-delà même du dépoussiérage ou de la simple modernisation.  C’est une nouvelle naissance spirituelle qui fait de la réforme protestante une révolution profonde.

Ce n’est pas qu’une redécouverte, puisque ce que l’on y trouve est totalement nouveau, entièrement réformé et inexploré… Exprimé par les cinq Solas : seule la Parole de Dieu, seule la foi en Dieu, seule la grâce de Dieu, seule la gloire de Dieu et seulement Jésus.  La réforme nous amène au plus profond de notre cœur pour y découvrir la noirceur totale et le besoin total de salut.  Ce constat terrorisait Luther.  La frayeur de se savoir perdu, sans Dieu ni sauveur a excité sa faim de Dieu et c’est au travers la Parole de Dieu qu’il a découvert la grâce de Dieu par la foi en Jésus pour Sa gloire.

Une réforme perpétuelle

Parce que la cause de la réforme est toujours vivante, elle ne se conclut pas avec l’affichage des thèses.  500 ans d’histoire de réforme ne se résument pas à une discussion sur les indulgences.  Ce qui fait la force de la réforme est sa perpétualité.  La réforme a un début, non pas celui de 1517, mais celui de ma rencontre avec Jésus, actuel, présent dans ma vie.  Le jour où il placarde sur mon cœur la vérité de son sacrifice au travers sa parole! La réforme n’a pas de fin ni d’aboutissement, sinon Dieu lui-même.

La réforme est un élan perpétuel de mon cœur.  Un ajustement constant qui pointe vers une direction et non une carte qui me fixe un chemin tout tracé.  Elle est une boussole qui dirige vers le haut.  Parce que mon cœur est continuellement en guerre contre Dieu, je dois le réformer quotidiennement, constamment car je désire naviguer vers Lui.

La réforme se manifeste une fois dans une vie puis s’entretient au quotidien, sans relâche.  C’est l’affaire des cœurs avant les institutions.

500 ans de réforme intérieure

Ce qui éblouit le monde avec la réforme protestante n’est pas tant la discussion à propos des indulgences que le parcours de transformations qu’il a inauguré.  Des millions de personnes ont réformé leurs cœurs au travers la Parole de Dieu et le Salut en Jésus Seul.  C’est 500 ans de réformes intérieures qui marquent l’histoire ce 31 octobre.  Un retour à la véritable bonne nouvelle, le véritable évangile.