Les abeilles spirituelles

La vie des abeilles est une leçon en soi pour nous chrétiens contemporains.  Nous sommes devenus de grand consommateur de spiritualité et de plus, avec la proximité des ruches et le miel toujours plus sucré ailleurs, un phénomène inquiétant se répète au vol : le butinage chrétien.

En effet, le phénomène n’est pas nouveau à notre décennie, mais récent par rapport a l’église.  Les croyants, plutôt que de vivre un contentement volontaire, se précipitent à la ruche voisine (lire l’église), pour y retirer un peu de nectar qui, selon eux, manque à la ruche qui les a accueillis.  Il en résulte un exode et un appauvrissement des petites ruches au profit des méga-ruches.   Un autre phénomène, bien pire celui-là, n’est pas un exode littéral, mais plutôt une dilution.  Un délayage de temps et de ressources au profit ni de l’une, ni de l’autre ruche, mais au profit seul de l’abeille solitaire en recherche d’un miel toujours meilleur.

Sortir n’est pas un mal en soi!  Chez les abeilles, la collecte de pollen se fait avec un aller-retour effervescent qui a pour raison la survie de la ruche.  Chaque abeille a son rôle clair, sa place comprise, et l’harmonie qui en résulte donne un modèle d’unité.

Le problème que nous vivons présentement est en fait, une course à l’insatisfaction et une recherche d’épanouissement et d’éclosion basée sur les besoins personnels. La ruche n’a aucune place dans le processus.  Tout ce qui compte est le moi.  Je juge de ce dont j’ai besoin et je décide de voler ailleurs pour le retrouver. Ni la petite, ni la méga ruche n’a d’importance.  Ce qui compte, c’est de combler mon besoin.  Je consomme.

 

Nous sommes à un tournant, ou l’individualisme se transforme lentement en narcissisme. 

 

Nous sommes à un tournant, ou l’individualisme se transforme lentement en narcissisme.  Nous passons d’un individualisme assoiffé de nourrir ce qu’il croit être bon pour lui, a un narcissisme ou la seule raison d’être est la satisfaction de soi.  L’église devient alors un accessoire.  La ruche n’est qu’un mail que je fréquente pour y retirer ce que je désire.  Pas nécessairement ce dont j’ai besoin.

Cette lente déconnexion de la communauté est périlleuse et conduit vers l’extinction des abeilles à proprement parler.  Une lente agonie ou la congrégation tant louée s’effrite et se désunie.  Il ne reste que des individus solitaires, sans mission commune et sans véritable raison d’être.  Tous assemblées autour d’activités toujours plus attirantes, sucrées, mais sans réelle profondeur spirituelle.

Plutôt que de devenir le changement dans ma propre église, je cherche ailleurs ce qui je crois avoir besoin.  Je laisse les frustrations et les insatisfactions avoir raison du courage et de la solidarité, puis je plonge corps et âme dans une recherche sans fin de satisfaction personnelle.

Plutôt que de viser la convergence, je vise la dilution qui rendra inévitablement insipide le christianisme qui s’en reflètera.

Une meilleure musique, un groupe plus attrayant, une atmosphère plus conviviale, des enseignements mieux ciblés, une ruche plus missionnelle… toutes les raisons sont bonnes pour aller et revenir.  Puis ne jamais revenir et recommencer le cycle.    Notre alvéole ne nous satisfait plus et le miel est toujours plus sucré chez le voisin, jusqu’à ce que j’en sois blasé.  En fuyant un problème j’en deviens un encore plus grand : l’appauvrissement de ma propre église.

La solution est des plus simple : la confiance et la loyauté.

La confiance en ce que Dieu a fait en me mettant dans l’église où je suis.  Je crois que j’en fais partie, et que je suis un membre de ce corps local dont chacune des parties s’édifie mutuellement.  J’ai besoin de chacune des abeilles de ma ruche et tous ont besoin de moi pour devenir LA stature de Christ.  J’en tire profit et j’en suis responsable.  Ce n’est qu’en formant un essaim bien serré que nous pouvons construire ce que Dieu nous demande d’être ici, aujourd’hui, maintenant.

La loyauté en mes capacités et en l’innovation du St-Esprit.  Devenir ce changement que je désire tant voir et vivre.  Plutôt que de reluquer la ruche voisine pour un élément qui je convoite, pourquoi ne pas devenir la transformation là où je suis.

Et si je n’en avais pas réellement besoin?  Et si finalement, c’était la paresse qui me pousse à traverser le champ et aller ailleurs?

Et si je commençais par prier lorsque je désire butiner ailleurs?   En faisant l’inventaire des bénédictions que j’ai à même ma propre ruche.  Regarder autour de moi la famille qu’il m’a donnée et décider de m’investir en entier là où je suis.  Je plonge dans ma ruche et la construit comme Jésus veut que je le fasse.  Avec confiance et loyauté.

Devenir la transformation que je désire voir et vivre!  Et si c’était ça que le Seigneur me demande?

Les abeilles ont cette réputation de demeurer fidèles à leurs colonies jusqu’à la mort.  Ils s’y investissent en sachant que la fragmentation de l’engagement ne donnera jamais mieux qu’une satisfaction personnelle éphémère.  Quel genre d’abeille je suis?

Le prospecteur de leader

Dans l’église, plusieurs se proclament leaders et n’en ont finalement pas ni le lustre ni le brillant.  Trouver un leader potentiel est souvent ardu et demande une certaine dose de flair.  En effet, découvrir le diamant brut est excitant et exige un véritable travail de prospection.  Creuser à répétition, quelquefois en vain, ou encore en découvrant un semblant de pierres précieuses est le risque du prospecteur de leader.  C’est un travail d’endurance et qui exige une grande patience.

Depuis une vingtaine d’années, je suis constamment à la recherche de la perle rare.  Le leader potentiel qui quelquefois a été ignoré ou est passé au travers les mailles du filet.  Celui qui est là, prêt à être déterré et taillé vers la stature parfaite de Christ.  Ce qui distingue le leader potentiel; n’est ni le charisme ou la puissance, et ni la capacité à diriger.  Ce n’est pas non plus le verbe facile ou le nombre d’amis Facebook.  Il y a des indices qui ne trompent pas et qui définissent le fondement solide d’un futur leader dans l’église.

Discerner sous le caillou brut le diamant qui reflètera toute la gloire de Dieu est possible.  La Bible nous donne des indices qui forment les bases d’un leader en devenir.   Tout comme le chercheur d’or du Klondike, il s’agit de bien examiner la surface et savoir creuser puis discerner les empreintes qui définissent les fondements du leadership biblique.

Voyons donc ces trois empreintes.

 

Discerner sous le caillou brut le diamant qui reflètera toute la gloire de Dieu est possible. 

 

L’empreinte de l’humilité

« De même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. » -1 Pierre 5:5

C.J. Mahaney disait : L’humilité est cette vertu que nous perdons lorsque nous disons l’avoir.  Elle se définit principalement par le rapport que j’ai aux autres.   Mais également face à moi-même.  Lorsque je prospecte les futurs leaders, je suis particulièrement attentif à l’estime démesurée qu’une personne peut avoir d’elle-même.  Cette estime peut s’exprimer de plusieurs façons.  Pour les anxieux, elle ira dans la direction du contrôle, du mépris ou d’une condescendance souvent subtile.  Pour d’autres, elle sera exprimée par un apitoiement et une insatisfaction profonde, un esprit critique qui ira quelquefois jusqu’au perfectionnisme.

L’orgueil peut facilement se déguiser en humilité, comme ces fausses pierres qui ne reflètent qu’une pâle imitation de l’originale qu’elles tentent de copier.   On la remarque facilement, elle s’exprime par une tendance à amener les gens à son propre service.  Elle exerce la manipulation, le double langage, le double agenda.  Le temps est mon allié dans ma recherche.  À regarder un potentiel, on y discerne souvent soit l’orgueil, soit l’humilité.

L’empreinte de l’amour

« et marchez dans l’amour, à l’exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur. » – Éphésiens 5:2

À l’humilité s’ajoute le concret.  L’amorce du lustre.  Ce qui fait la différence entre un vulgaire charbon et un diamant, c’est la pression.  Cette pression nous la discernons dans le contact avec les autres.  En effet, aimer, tout comme l’humilité se mesure à notre rapport avec les autres.  L’orgueil les considèrera inférieurs, et l’amour verra les autres supérieurs.  En fait, celui qui aime démontre en action son humilité.

Je suis particulièrement attentif aux actions spontanées.  Les éclats gratuits, et qui ne brillent que pour Dieu.  L’entraide, le service, la générosité sont autant de moyens d’exprimer l’amour et la preuve du leader serviteur.  Car c’est ce à quoi nous sommes appelés.

« Alors il s’assit, appela les douze, et leur dit : si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » – Marc 9:35

Un individu qui est prêt à se rendre serviteur avec humilité a les prémices du leadership biblique.  Il a compris qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir et exprime son désir de voir l’autre s’épanouir et grandir.  Il ne reste qu’à lui donner une direction et la conviction de diriger ses pairs dans la direction de Jésus.

L’empreinte de la passion

« à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! » – Éphésiens 3:21

Pour découvrir le leader potentiel, nous n’avons qu’à suivre les traces.  Des empreintes d’humilité, d’amour et, enfin, celle de la passion.  Une passion double débordante pour l’Église et Sa parole.  Lorsque la Parole et l’Église n’ont pas une place privilégiée dans la vie et le cœur de l’aspirant leader, il vaut mieux attendre que cette passion le rejoigne.

En effet, l’église, c’est LE projet de Dieu pour l’humanité.  Tout ce qui restera pour l’éternité avec Lui.  Tout ce qui mérite de s’y investir y prend une place éternelle.   C’est la lumière au cœur des ténèbres, une mission unique relayée par Jésus lui-même.

Celui qui aspire au leadership dans l’église doit la comprendre, la désirer et l’aimer profondément.  Y être dévoué et consacré.  Comprendre le lien unique qui existe entre celle-ci et Jésus.  Nous ne formons qu’une seule chair! (Éphésiens 5 :23)

C’est alors que nous revenons à la première trace.  L’humilité amène le leader potentiel à désirer apprendre et se plonger dans l’étude de la parole afin de découvrir cette église unique et glorieuse.  Et naturellement, la passion spirituelle passera invariablement par la Parole de Dieu.  Une recherche assoiffée de sa face de Dieu au travers ses mots.  Une nourriture littérale et intégrale qui amène le leader à se languir s’il n’a pas sa portion quotidienne de Parole!

« L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. »  -1 Samuel 16:7

Le prospecteur de leader, c’est celui qui sait discerner les empreintes successives d’humilité, d’amour et de passion.  Et pour ce faire, il doit être lui-même au cœur de l’église et avoir l’œil exercé pour voir le potentiel glorieux au travers le pécheur apparent.