Les abeilles spirituelles
26 avril 2018  //  By:   //  Église, Pensée de la semaine  //  No Comment   //   700 Views

La vie des abeilles est une leçon en soi pour nous chrétiens contemporains.  Nous sommes devenus de grand consommateur de spiritualité et de plus, avec la proximité des ruches et le miel toujours plus sucré ailleurs, un phénomène inquiétant se répète au vol : le butinage chrétien.

En effet, le phénomène n’est pas nouveau à notre décennie, mais récent par rapport a l’église.  Les croyants, plutôt que de vivre un contentement volontaire, se précipitent à la ruche voisine (lire l’église), pour y retirer un peu de nectar qui, selon eux, manque à la ruche qui les a accueillis.  Il en résulte un exode et un appauvrissement des petites ruches au profit des méga-ruches.   Un autre phénomène, bien pire celui-là, n’est pas un exode littéral, mais plutôt une dilution.  Un délayage de temps et de ressources au profit ni de l’une, ni de l’autre ruche, mais au profit seul de l’abeille solitaire en recherche d’un miel toujours meilleur.

Sortir n’est pas un mal en soi!  Chez les abeilles, la collecte de pollen se fait avec un aller-retour effervescent qui a pour raison la survie de la ruche.  Chaque abeille a son rôle clair, sa place comprise, et l’harmonie qui en résulte donne un modèle d’unité.

Le problème que nous vivons présentement est en fait, une course à l’insatisfaction et une recherche d’épanouissement et d’éclosion basée sur les besoins personnels. La ruche n’a aucune place dans le processus.  Tout ce qui compte est le moi.  Je juge de ce dont j’ai besoin et je décide de voler ailleurs pour le retrouver. Ni la petite, ni la méga ruche n’a d’importance.  Ce qui compte, c’est de combler mon besoin.  Je consomme.

 

Nous sommes à un tournant, ou l’individualisme se transforme lentement en narcissisme. 

 

Nous sommes à un tournant, ou l’individualisme se transforme lentement en narcissisme.  Nous passons d’un individualisme assoiffé de nourrir ce qu’il croit être bon pour lui, a un narcissisme ou la seule raison d’être est la satisfaction de soi.  L’église devient alors un accessoire.  La ruche n’est qu’un mail que je fréquente pour y retirer ce que je désire.  Pas nécessairement ce dont j’ai besoin.

Cette lente déconnexion de la communauté est périlleuse et conduit vers l’extinction des abeilles à proprement parler.  Une lente agonie ou la congrégation tant louée s’effrite et se désunie.  Il ne reste que des individus solitaires, sans mission commune et sans véritable raison d’être.  Tous assemblées autour d’activités toujours plus attirantes, sucrées, mais sans réelle profondeur spirituelle.

Plutôt que de devenir le changement dans ma propre église, je cherche ailleurs ce qui je crois avoir besoin.  Je laisse les frustrations et les insatisfactions avoir raison du courage et de la solidarité, puis je plonge corps et âme dans une recherche sans fin de satisfaction personnelle.

Plutôt que de viser la convergence, je vise la dilution qui rendra inévitablement insipide le christianisme qui s’en reflètera.

Une meilleure musique, un groupe plus attrayant, une atmosphère plus conviviale, des enseignements mieux ciblés, une ruche plus missionnelle… toutes les raisons sont bonnes pour aller et revenir.  Puis ne jamais revenir et recommencer le cycle.    Notre alvéole ne nous satisfait plus et le miel est toujours plus sucré chez le voisin, jusqu’à ce que j’en sois blasé.  En fuyant un problème j’en deviens un encore plus grand : l’appauvrissement de ma propre église.

La solution est des plus simple : la confiance et la loyauté.

La confiance en ce que Dieu a fait en me mettant dans l’église où je suis.  Je crois que j’en fais partie, et que je suis un membre de ce corps local dont chacune des parties s’édifie mutuellement.  J’ai besoin de chacune des abeilles de ma ruche et tous ont besoin de moi pour devenir LA stature de Christ.  J’en tire profit et j’en suis responsable.  Ce n’est qu’en formant un essaim bien serré que nous pouvons construire ce que Dieu nous demande d’être ici, aujourd’hui, maintenant.

La loyauté en mes capacités et en l’innovation du St-Esprit.  Devenir ce changement que je désire tant voir et vivre.  Plutôt que de reluquer la ruche voisine pour un élément qui je convoite, pourquoi ne pas devenir la transformation là où je suis.

Et si je n’en avais pas réellement besoin?  Et si finalement, c’était la paresse qui me pousse à traverser le champ et aller ailleurs?

Et si je commençais par prier lorsque je désire butiner ailleurs?   En faisant l’inventaire des bénédictions que j’ai à même ma propre ruche.  Regarder autour de moi la famille qu’il m’a donnée et décider de m’investir en entier là où je suis.  Je plonge dans ma ruche et la construit comme Jésus veut que je le fasse.  Avec confiance et loyauté.

Devenir la transformation que je désire voir et vivre!  Et si c’était ça que le Seigneur me demande?

Les abeilles ont cette réputation de demeurer fidèles à leurs colonies jusqu’à la mort.  Ils s’y investissent en sachant que la fragmentation de l’engagement ne donnera jamais mieux qu’une satisfaction personnelle éphémère.  Quel genre d’abeille je suis?

About the Author :

Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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