Et si on ralentissait?
23 janvier 2019  //  By:   //  Réflexions  //  No Comment   //   666 Views

« En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard, Et mangez-vous le pain de douleur ; Il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil. »  – Psaumes 127:2

Je vous partage une simple réflexion après avoir lu le livre « Éloge de la lenteur » de l’auteur Karl Honoré.

J’étais sur l’autoroute, tranquille à rouler, tout à coups, un bolide me dépasse sur la droite sûrement à 140!  Je le voyais zigzaguer entre les automobiles et se croire au volant d’une formule 1.  L’ironie, c’est que quelques kilomètres plus loin, j’étais juste derrière lui!   Tant de risques pour si peu de résultats!

Nous sommes à une époque où la vitesse est un gage d’efficacité.  Tout le monde est pressé.  Nous nous usons jusqu’au burnout, puis la culpabilité nous lorgne.  J’aurais dû être plus efficace.  La faiblesse moderne est dans celui qui n’est pas capable de suivre le rythme.

L’organisation, l’accumulation des données sont le nerf de la guerre ajoutons à cela une société de performance et de consommation nous avons un cocktail digne des pires films de science-fiction.  Sommes-nous en train de devenir des cyborgs.

Moi-même, lorsque je ne fais rien durant un après-midi, je sens la culpabilité et la dévalorisation.  Comme si mon identité était attachée à ce que je fais et non à ce que je suis.

Depuis l’industrialisation, les machines nous ont inspiré un rythme accéléré et nous avons tenté tant bien que mal de suivre le courant.  L’arrivée des ordinateurs et de l’intelligence artificielle nous met une pression supplémentaire.  Et aujourd’hui, nous sommes arrivés à une bascule ou le seuil de maladies mentales, de névrose et de troubles psychologiques de toute sorte n’a jamais été aussi grand.  Les prescriptions d’antidépresseur sont à leur sommet, et comme si l’aveuglement volontaire n’était pas suffisant, nous allons bientôt passer à la thérapie génique, afin de nous contraindre à l’adaptation.

Pas assez rapides et productif?

Mon amie Marie bouffe à une vitesse que je qualifierais de « tortuesque »… En comparaison avec elle j’engloutis littéralement!   Elle a à peine pris trois bouchées que j’enchaîne avec mon dessert… et je ne blague pas.  Mais au fond, c’est son rythme qui est le bon!  Elle prend le temps de bien savourer chaque bouchée, laisse le temps à son système d’enregistrer la satiété.  Elle profite au maximum du présent qui passe et savoure son repas avec joie.  Elle emmagasine des souvenirs et des plaisirs dans son album secret.

Et si c’était ça la vie.

Chacun démarre avec 1440 minutes par jour.  C’est une justice universelle, personne n’en a plus.  Tout est dans ce que nous en faisons.  Si à cela nous décidons de dormir un peu, le capital baisse considérablement.  On ne peut pas courir après le temps tout comme on ne peut pas revenir dans le passé.  Le temps passe, c’est tout, comme une rivière devant nous.  Tout ce qui compte est ce que l’on fait de ces petites fuites de soixante secondes.

Nous avons laissé derrière nous une partie de notre âme dans ce départ hâtif vers le succès instantané.

Je crois que nous avons dérapé dans notre ivresse de la productivité.  Cet engouement à réaliser des choses utiles et pratiques nous a créé une véritable dépendance, et nous poursuivons frénétiquement notre parcours, sans nous arrêter.  Jusqu’à épuisement.  Et je ne remets pas en question l’utilité ou le bien-fondé des choses que nous faisons.  Plutôt le fait que nous avons laissé derrière nous une partie de notre âme dans ce départ hâtif vers le succès instantané.

Et nous cherchons à combler ce vide existentiel avec tout ce que cette société a à nous offrir.  Réseaux sociaux, divertissement, jeux et film sont tous des moyens que nous nous donnons pour mettre notre « switch a off! »  Nous oublions que la société dans laquelle nous vivions n’est en fait qu’un miroir de nous-mêmes, à notre image de productivité et de consommation.  Elle ne peut que nous enfoncer plus profondément dans la frénésie.

Slow down… you move to fast!

Simon et Garfunkel chantaient ce refrain il y a déjà une cinquantaine d’années, et il résonne encore comme d’actualité. Ralentir le rythme, c’est une question d’hygiène spirituelle et psychologique pas seulement de vitesse ou de productivité.

À l’image des sœurs Marthe et Marie (Luc 10) il y a une prise de conscience à faire.  Réaliser que la vie est plus que ce que nous en faisons, mais plutôt elle devient ce nous sommes.  Le bonheur n’est pas une destination, mais une façon de voyager. (dicton populaire)  Au fond, c’est ce que nous cherchons tous au travers cette frénésie : être heureux.

C’est à ce moment crucial que je me pose la question: à quelle moelle je décide d’extraire mon bonheur?

Ralentir, ce n’est pas arrêter!  Nous devons tous travailler, nous occuper de nos tâches domestiques, de notre hygiène personnelle et dormir.  Ralentir, c’est choisir ce qui passera en premier.  Puis, face à certaines obligations, fixer ma limite de vitesse et à quels carrefours je mettrai mes arrêts obligatoires.

Le verset du départ commence avec : Si l’Éternel ne construit la maison, ceux qui travaillent le font en vain.  Ralentir comme il se doit, serais de remettre Jésus au centre de mon agenda et greffer toute mes activités autour de Lui.  Utopique?  Certainement pas.  Si c’est vrai que sans Lui je ne peux rien faire, qu’en Lui j’ai la vie, le mouvement et l’être, à plus forte raison le fait de prendre du temps avec Lui m’évitera bien des détours douloureux.  Et si c’était réellement lui la source du véritable bonheur, je perdrais mon temps à m’activer et battre l’air pour trouver le bonheur ailleurs qu’à la source…

Je crois que nous avons perdu la notion de contemplation de notre Dieu.  Même nos prières sont productives.  Les silences peu nombreux et le temps compté.  L’arrêt obligatoire est devenu relatif et la notion de sabbat est un concept rétrograde.  Pourtant, pour ma part, les plus grandes décisions et les victoires les plus glorieuses l’ont été dans Sa présence.  Souvent dans ces soupirs inexprimables où, dans les sentiers d’une forêt voisine, j’ai pris le temps d’aller à la rencontre de mon Dieu.  Il est peut-être temps que je reprenne Son rythme.

About the Author :

Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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