Quand j’ai le Spleen

« Aie pitié de moi, Eternel, je suis dans la détresse, le chagrin me ronge les yeux, l’âme et le corps entier.»  -Psaumes 31 :10

Baudelaire en parlait comme un esprit qui le hantait sporadiquement.  Une plaie qui frappe sans prévenir.  Une sorte d’hypocondrie de l’âme qui se manifeste dans une déprime, un ennuie sans cause et quelquefois même, jusqu’à un dégoût de la vie.

L’anxiété, le découragement, la dépression ont souvent ceci en commun.  Elle nous enlève le goût.  Le goût de tout, et même de Dieu.  Nous le sentons éloigné, distant.  La joie s’assombrit et nous avons l’impression qu’une sangsue spirituelle nous vide de toute notre essence.  Intuitivement, nous avons cette étrange impression que nous sommes fautifs de notre état, et comme au jardin, notre réflexe est de nous cacher.

C’est ici que tout se joue!

J’expérimente moi-même ce Spleen sporadique depuis ma jeunesse.  Quelque chose de génétique de mère à grand-père jusqu’à Adam probablement!   Mettre un nom sur un bobo n’explique pas tout et responsabiliser qui que ce soit ne ferait de moi qu’une victime et me paralyserait.  Au travers les attaques de paniques, les nuits blanches et la culpabilité incessante d’un chrétien combattant contre son ombre, je me désespérais de ne pas avoir la victoire.  Après tout, je suis pasteur.   Je devrais vaincre et être un surhomme!   Sans parler des regards inquisiteurs.

Les années ont finalement eu la victoire et mon entêtement à résister à l’envahisseur dans toute la grâce divine a eu un effet majestueux sur ma vie.  Il arrive encore, à l’occasion, qu’il se terre, tapi sous les découragements, les épreuves et les pourquoi de la vie.  Mais désormais, j’ai un rendez-vous avec la joie!

Mon anti-Spleen peut se résumer à six pratiques que j’ai expérimentées.  C’est la piste d’un chrétien partageant sa vie avec le spleen, une piste qui me sort à tout coup du marais du découragement, de la déprime, de l’anxiété et des inquiétudes submersives.

Première pratique : Qui suis-je?

Découvrir, redécouvrir ou prendre conscience de mon identité en Jésus.  Explorer cette nouvelle créature que je suis en Lui, et croquer à plein dans l’Évangile véritable a été une libération qui a enchainé toute une série de réflexion jusqu’à briser ces chaînes que je m’étais créées.  Des auteurs comme John Piper, Neil Anderson et JD Greear m’on donné le cap de ma véritable identité et l’arrêt des mensonges sur ce que Dieu me perçoit.

Deuxième pratique : Sa parole

Lire, relire jusqu’à ce que l’éponge de mon âme en soit saturée.  Particulièrement lorsque l’envie n’y est pas.  Comme un gym spirituel, pour renforcir les muscles je dois tout simplement y aller et m’y mettre.  Ça semble sec et banal… mais la clé ici est dans l’attente de ses promesses.  Chaque fois que j’ouvre le Livre, je me répète une simple phrase : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».  C’est un rendez-vous avec mon papa d’amour qui a toujours les bras grands ouverts vers moi. Peu importe mes envies, ma culpabilité ou mon appétit, je me gave.

Troisième pratique :  Apprivoiser le silence

« Il est bon d’attendre en silence Le secours de l’Éternel. » – Lamentations 3:26 

Notre vie trépidante nous fait redouter le néant.  La voix et le souffle de Dieu se révèlent pourtant dans la douceur du silence.  Dans le lieu secret.  Notre âme régénérée est souvent intoxiquée de nos désirs et nos attentes.  La voix de Dieu même au travers de sa Parole peut sembler lointaine et son secours hors d’atteinte.  C’est à ce moment que je me dis… Attends.  Combien de temps?  Le temps qu’il faudra.  Une heure, une journée, une semaine. Peut-être plus.   J’ai eu personnellement de nombreux déserts spirituels.  Les sentiers du coteau et les expéditions dans le bois me chatouillent alors le silence.  Ce n’est qu’avec le recul que je réalise tout le travail que Dieu fait dans mon cœur.  À mon insu, ou plutôt, derrière la croûte marécageuse de mon cœur.   Notre foi est mise à l’épreuve dans le terreau de la patience.

[quote]Notre foi est mise à l’épreuve dans le terreau de la patience.[/quote]

Quatrième pratique : La gratitude

Les bénédictions de Dieu sont comme les minutes dans une journée, elles passent souvent sans même que l’on s’en rende compte. Prendre le temps d’écrire un journal des bénédictions, un recueil des actions de grâce, une liste des mercis!  Certains prennent un pot Masson et les empilent en boulettes à l’intérieur.  Le simple regard d’un pot bien rempli de ces témoins de la grâce divine est parfois suffisant pour ramener l’arc-en-ciel dans un ciel orageux.

Cinquième pratique : Louer!

Oui, louer par nos chants, avec ou sans talent!  La louange est cet élan d’un cœur d’adorateur qui désire exprimer à son papa les cris de son fond. La louange, tout comme la prière et le jeûne ont une facette mystérieuse, spirituelle et expérientielle. On le vit plus qu’on le dit, et louer mon Seigneur a quelque chose à la fois de libérateur et qui me donne une plénitude spirituelle.  D’ailleurs c’est ce qui est dit dans la bible: être rempli de l’Esprit s’exprime par le chant!  (Eph. 5 :18-19) Quand j’ai le blues, je chante, que ça me tente ou pas.  Et l’effet bénéfique se fait sentir à tout coup!

Sixième pratique : Lâcher-prises

Plus un style de vie qu’une pratique, laisser à Dieu ce qui appartient à Dieu, et accomplir ce qui me revient avec sa grâce.  Briser les inquiétudes à grands coups de prière et faire taire l’anxiété avec sa Parole.  Une vie ne suffira pas pour y parvenir parfaitement, mais chaque cheveu que j’abandonne à Dieu en est un que je n’ai plus besoin de compter.

Certes il y a des maladies profondes qui nécessitent des médications particulières, et la santé mentale et psychiatrique n’est pas à banaliser.  Mais notre Seigneur désire notre joie.  Une joie qui vient d’une paix profonde et qui tire sa source de lui-même.  Une joie au-delà de toute connaissance.  Une joie qui s’expérimente et qui libère de nos chaines!

« L’Esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, Car l’Éternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux ; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance » – Esaïe 61:1

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Pasteur Blogueur, c'est Michel Vincent, pasteur à Mascouche, près de Montréal, "Des questions et une réponse. Je suis convaincu que la vérité est une personne!"

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