Quoi de neuf pasteur?

Que du vieux!  Dis-je par automatisme, oui par manque de temps.  Parfois par dépit ou encore par découragement.  Comment résumer notre vie ou seulement l’année qui vient de passer en quelques virgules?  J’aimerais vous partager ce qu’il y a de neuf dans le vieux et ce que l’année a apporté en préparation de celle qui vient : de nombreux défis à l’horizon.

« Et, sans parler d’autre chose, je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les Églises. »
-2 Corinthiens 11:28

Le Roi c’est moi!

Un premier défi est celui de l’individualisme en pleine ascension, gonflant les égos jusqu’à un mépris presque généralisé de toute autorité.  Pas facile pour la tâche pastorale.  La conséquence est éloquente : « c’est ton opinion! », « Dieu n’a pas d’affaire dans ma vie privée », ou encore le direct « ce n’est pas de tes affaires »… pas toujours aussi hardie, mais toujours claire.  Puis la menace et l’exécution : Le transfert d’église, ou pire, la défection.  Plusieurs chrétiens désirent une assemblée, mais peu acceptent le berger qui vient avec.

Docteur Web.

Il y a ensuite la montée des moyens massifs de communication qui ont créé une classe de pseudo-docteurs.  S’improvisant comme des spécialistes de la Parole à partir de miettes théologiques recyclées, ils s’en font un pain très goûteux, mais sans réelle substance nutritive.  Sans méthode, sans herméneutique, sans pédagogie et sans théologie, ils débattent de questions bibliques en restant sourds à tout ce qui n’est pas de leurs avis.  La vérité devient relative.

Je négocie régulièrement, si ce n’est quotidiennement, avec des chrétiens troublés d’articles ramassés à la volée sur YouTube ou un site douteux, lorsque ce n’est pas carrément de faux docteurs qui, comme j’aime le dire, sont des « travailleurs autonomes ».    Le Seigneur les a appelés personnellement (et  unilatéralement), puis, sur cette conviction, ils ont démarré leurs propres églises.  Ces faux ouvriers viennent ajouter à la confusion grandissante, et perdent les esprits bien intentionnés.  Des années peuvent être nécessaires pour ramener un cœur égaré vers la saine doctrine.  Devant ces croyants qui arrivent à l’église presque effondrés, les pasteurs deviennent comme le contacteur Mike Holmes*, tentant de construire à partir de matériaux inadéquats, et sur des fondations toutes justes bonnes à être démolies.  Quel défi chirurgical!  Et chaque année, il s’approfondit.

Plusieurs chrétiens désirent une assemblée, mais peu acceptent le berger qui vient avec.

L’église pantoufle.

Probablement le plus grand défi que j’ai observé en 2013.  L’église migre vers l’internet et les réseaux sociaux, diluant la communion fraternelle.  Il y a déjà plusieurs assemblées web.  Chant karaoké, sermons diffusés, offrandes PayPal et le croyant en pyjama sous la couette!  Alors que la force de l’église est la proximité et les relations serrées, cette séduction est un défi grandissant dès aujourd’hui et dans les prochaines années.  Ajouté aux problèmes d’individualisme, de relation avec l’autorité et de quête du moi intégral, cette tendance fait la joie des cœurs brisés, des blessés et des écorchés qui ne veulent plus que l’apparence de l’église.

Nous perdons alors le sens profond de la communauté chrétienne, celui d’être un élément de transformation individuelle.  La proximité les uns avec les autres, non sans accroc il faut l’admettre, nous enseigne comment aimer véritablement. « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. » – Luc 6:32.  Le résultat est inévitable : Le monde ne saura plus reconnaître qui est SON disciple.  Il perdra le seul repère qui pointe véritablement vers le ciel.

La classe des SS

Quand j’étais plus jeune, on parlait des SS comme des « Super-Spirituels ».  Il y avait une joie mêlée d’honneur à désirer la sanctification, l’église et Dieu lui-même.  Toute une génération de pasteurs québécois est issue de cette cuvée des années soixante-dix.  Un nouveau défi guette maintenant ceux qui ont faim et soif de justice : le mépris.  Plutôt que d’être considérés comme des héros de la foi nouveau genre, ils sont maintenant dérangeants, ils créent des malaises, ils confrontent. Ils sont à toutes les réunions de l’église, proactifs, dénoncent l’acédie et passent pour des activistes.

C’est une classe en perte de vitesse et dont le parcours buissonnier est de plus en plus visible.  La sainteté n’est plus à la mode, ce qui fait la force de l’évangile n’a plus la cote.  Il y a une recherche de piété, mais un refus de ce qui en fait la force.  Un christianisme d’apparence dont les symptômes sont une frontière de plus en plus diffuse avec le monde et des chrétiens de moins en moins dérangeants.

Est-ce que ça va bien Pasteur?

Absolument!  Christ a promis qu’il bâtirait son église, et je suis pleinement convaincu qu’il le fait.  Cette année, nous avons été témoins d’efforts sans précédent d’unité interdénominationnelle, d’appels à la prière généralisée et de chrétiens assoiffés recherchant la sainteté.  C’est encourageant mais pas suffisant, compte tenu d’une laïcité conquérante.  Espérons un grand réveil au Québec, car nous pouvons discerner que notre ennemi tente de démolir ce que Christ construit : Son Église.

Pour cette nouvelle année qui débute, prions que l’amour les uns pour les autres augmente.  Un amour plus profond, plus sincère, dirigé vers l’autre et sans trébucher dans les fleurs du tapis.  Que chacun connecte à fond dans une église fondée sur l’Évangile de la grâce et s’y donne à plein,  que l’on fasse confiance aux pasteurs que le St-Esprit y a établis et que l’on ait une reconnaissance de l’église pour ce qu’elle est :

« … la famille de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité. »  -1 Timothée 3:15

Bonne année 2014!

 

*Mike Holmes est la vedette d’une émission télévisée de rénovation de maison.

Les vrais héros

Tellement à la page et combien convoité, le leadership est devenu le nouvel Eldorado du développement personnel.  Des centaines de livres , des sites internet, des vidéos et des conférences s’y consacrent,  c’est « La total »!  Réaction probable au marasme politique, où le piètre exemple que nous donnent nos élus ne font que stimuler le rêve de héros.

Nous voudrions un héros qui nous inspire, qui nous entraîne à nous dépasser.  Qui nous amène là où nous savons devoir être, quelquefois même malgré nous. Quelqu’un qui nous fait rêver de perfection, d’accomplissement et de satisfaction.  Un surhomme qui exulte l’idéal et fait pâlir la gloire des héros passés.  Et l’église ne fait pas exception à la vague.

L’antiquité était pleine de ces demi-dieux : Hercule, Thésée, Persée ont ébloui les anciens récits avec leurs exploits.  De nos jours, nous avons les Avengers, Spiderman et Batman.  Ils combattent tous le mal tout en nous divertissant… Puis on revient du cinéma, avec un vide désagréable qui ne fait qu’assouvir notre faim du héros idéal.

Chez les évangéliques, nous avons aussi nos géants.  Je lisais cet été une série de biographies  et j’étais surpris de voir Charles Spurgeon et Billy Graham sans ride ni défaut. Que des hauts faits sans taches qui ne font que nous reléguer au rang de spectateur.  En les lisant, je me suis dit : « Je ne serai jamais à la hauteur de toute façon ».  La tendance au rêve a pris le dessus.  On a idéalisé le simple homme en l’élevant au rang de dieu.  C’est un piège qui m’oblige une pause.  Sommes-nous si en  attente du héros que nous le sculptons à même nos espoirs? Peu importe l’homme de Dieu, il est avant tout un homme.  L’idéaliser risque seulement de l’abaisser à l’idole.  Je suis certains que ces hommes auraient un certain malaise à se lire d’aussi haut.

« Elie était un homme de la même nature que nous : il pria avec instance pour qu’il ne pleuve point, et il ne tomba point de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois. » Jacques 5:17

Un gouffre se creuse de plus en plus entre le modèle espéré et le monde réel : l’idéal chimérique et celui que nous apporte la Bible.  On demande à nos leaders d’être ces héros mythiques qui n’ont rien à voir avec le concret et le réel.

Le pasteur moderne se doit de nos jours d’être un homme instruit, sympathique, charismatique, éloquent, compétent, brillant, confiant et surtout… pas trop dérangeant! Tout le contraire de l’exemple du héros par excellence : Jésus-Christ.

« Car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. » Jean 13:15.

Viser petit

Le héros-leader à la sauce du Seigneur est un laveur de pied, un humble serviteur, un amoureux de Christ et de Ses brebis, un homme banal qui n’attire pas le regard, qui ne cherche pas à se faire valoir.  Loin du proactif moderne, il se fait une joie de laisser Dieu faire le travail, car il sait qu’alors seul LUI sera glorifié.  Déconnecté des projecteurs, le leader « à-la-Jésus » cherche la dernière place, écoute avant de parler, parle peu, et même pas du tout. Il a compris, en suivant son modèle, que c’est quand il est petit, faible, pauvre et misérable qui est utilisable pour la mission dont il est appelée. Nous sommes loin d’Ironman!

Pour un pain de vie

Viser petit ne signifie pourtant pas qu’il soit né pour un petit pain.  Le véritable héros chrétien n’est pas un laissé-pour-contre.  Il sait s’affirmer.  Il dénonce et prend la part du faible, il est le porte-parole de ceux qui sont contrits et malheureux.  À l’image de son maître, Jésus, il a le courage de chasser les vendeurs, de réfuter les contradicteurs,  de prendre fermement position pour la vérité parce que son amour pour Dieu le consume.  Contrairement aux Avengers, il ne règle pas ses comptes à grands coups de marteau magique ou en devenant vert de rage… mais avec la douceur de l’amour qui est répandu dans son cœur.  Il ne fait pas dans la politique, dans le BCBG ou la rectitude.  Une seule tunique, pas de cravates extravagantes et surtout, une crainte de Dieu débordant celles des hommes.

Un cœur, non une armure.

Bien souvent, tout comme Israël qui voulait un roi, nous aspirons à ce héros qui nous conduira.  Nous voulons faire comme les autres peuples qui nous entourent. Nous incorporons les modèles inspirés de la société et cherchons ce héros, quitte à diluer et colorer nos propres géants, afin de les teindre pour qu’ils s’harmonisent au courant actuel.

Nous cherchons une armure flamboyante qui en jettera, mais Dieu lui, regarde au cœur.

Nous sommes tous des héros potentiels que le Seigneur veut utiliser. Il nous a équipé entièrement pour cela… avec son Esprit qui agit puissamment en nous.

Mais un homme fidèle, qui le trouvera? C’est peut-être toi?

Le suicide du pasteur

Le 10 novembre dernier, tout était normal à l’Église Baptiste Mont Sion, dans la ville de Macon en Géorgie aux États-Unis.  Les croyants et leurs invités se préparaient à célébrer la résurrection, comme tous les dimanches.  Le foyer était empli de discussion et de distribution diverses, autour de photos des hauts faits de l’église.  Chaque dimanche, il y a une certaine effervescence : qu’est-ce que Dieu a en réserve pour nous ce matin?   Dix heures, la plupart des personnes sont assises, dans l’attente.  Le groupe d’adoration commence le service, comme d’habitude, 800 âmes sont réunies.  Cependant, un détail cloche.  Le pasteur, le révérend Teddy Parker Jr, n’est pas à sa place habituelle.  Sa femme est là, ses deux jeunes adolescentes également.  Son épouse quitte le service pour retourner à la maison, inquiète.  Puis c’est la commotion.

Le pasteur Parker est retrouvé mort dans son automobile, à la maison.  Quarante-deux ans, un pistolet à la main. Il n’a pu endurer l’idée d’un service supplémentaire.

La détresse

Il exerçait le ministère pastoral depuis déjà 20 ans.  L’appel l’a saisi à l’âge de 22 ans, après des études de théologie.  On dit de lui qu’il était toujours prêt à aider son prochain, qu’il était un modèle de serviteur et un prédicateur de talent.  On aurait pu dire qu’il était béni et rempli du St-Esprit.  Mais depuis quelques années, des fissures ébréchaient la solidité de cet homme.  Il voulait prendre un recul, un repos sabbatique, mais la pression, l’urgence, les exigences et même l’intransigeance, lui faisaient voir ce choix comme impossible.

« Tourne tes regards vers Dieu et tout ira bien ! ».  « Un chrétien dépressif est un chrétien qui manque de foi ! ».  Tous ces refrains d’une même chanson insensible lui revenaient à l’esprit, lorsque ce n’était pas un « bien intentionné » qui l’exhortait généreusement.   L’inévitable arriva.  Il dut se résigner à rencontrer un psychiatre et prendre des médicaments pour lutter contre la dépression.  Évidemment, il n’osa pas en parler.  Le burnout était là, présent, subtil, comme un cancer silencieux.  Puis le drame!  Après une dizaine d’années de combat contre les perceptions, les intentions et la pression constante, il y a eu ce dimanche matin.  LE dimanche matin.  La vue même du stationnement, du bâtiment, devenait intolérable.  Le simple fait de s’imaginer une fois de plus en compagnie de ses brebis lui était impossible.

Un muet qui crie aux sourds

En finir de cette façon n’est pas un acte de lâcheté.  Ce n’est pas une fuite non plus.  C’est un hurlement de détresse envers tous ceux qui refusent d’écouter.  C’est souvent le drame qui guette le ministère pastoral.  Nous prenons une image du pasteur biaisée et déformée.  Puis nous ajoutons des attentes élevées, irréalistes, fondées sur des désirs et non sur l’appel de Dieu.  Le tout vécu par un pasteur qui évalue mal sa résilience et sa capacité à gérer les pressions morales, spirituelles et  psychiques.  Des pressions qui arrivent de tout côtés, à la fois de lui-même, de la société et de ses brebis.  Puis finalement, mélangeons le tout dans une communauté teintée du syndrome de la réussite.  La recette est parfaite pour un drame.

Le problème est que l’on évalue les pasteurs avec la mauvaise grille.  On utilise celle de l’entreprise tellement louangée par le monde séculier.  On dit alors que la qualité d’un homme de Dieu est fondée sur les résultats.  Le nombre de conversions, l’assistance le dimanche, un budget équilibré, les dents blanches, la courtoisie, le taux de satisfaction!  Les tâches sont alors multipliées.  Le pasteur moderne, toutes confessions ou dimensions incluses, se doit d’être gestionnaire, conseiller, chef de file, relationniste, psychologue, travailleur social, prédicateur, professeur, administrateur, savoir à tous les instants la volonté de Dieu pour sa communauté.  Connaître tout sur tout!  Être tout en tout… Sinon on le compare avec la compétition.  On le démembre :    Il ne prêche pas aussi bien que Driscoll, pas aussi passionné que Piper, pas aussi fondamentaliste que Macarthur, sans parler de l’organisation de Warren… Loin de la simple et pourtant efficace description de tâche biblique décrite dans les Actes :

 « Et nous, nous continuerons à nous appliquer à la prière et au ministère de la parole. » Actes 6:4

À quelques reprises, il a tenté timidement de lancer un faible cri de détresse.  Mais devant des attentes aussi élevées, pas étonnant que le pasteur devienne muet.  On finit par croire que ce modèle de super pasteur est le bon.  Et si je ne peux y arriver, plutôt que de remettre le modèle en question, c’est moi qui vais ajouter, travailler, bûcher et y parvenir… jusqu’à mourir. On ne quitte pas le ministère quand c’est une vocation.  À l’image des kamikazes, il ne reste que le geste du désespoir devant une défaite illusoire.

Un cas unique?

NON! Ce n’est pas normal qu’un soldat du Christ tombe au combat ainsi. Si c’était un cas unique, nous pourrions accuser un phénomène isolé, mais ce n’est pas qu’un incident banal.  Des centaines d’ouvriers souffrent aujourd’hui de dépression, de surmenage, de burnout.  La plupart en silence.  Les assureurs exigent même une surprime pour la vocation pastorale à cause des risques accrus.

D’autres, pour s’en sortir, vont transformer leurs vocations en ministère et deviennent des fonctionnaires du Seigneur.  Ils se détachent du troupeau, se refroidissent et deviennent distants.  Ce n’est pas une solution. Un sondage récent révélait qu’une grande majorité de pasteurs n’ont aucun ami à qui se confier.  A force de se faire rabrouer de saines exhortations, ont finit par se blinder.  Croire que c’est un combat solitaire.

Y a-t-il une voie d’évitement?

D’un côté, il y a, entre autres, la perception que nous avons d’un pasteur.  Bien souvent calqué sur les performances séculières et les désirs qui ont remplacé les besoins.  Nous avons à réviser notre modèle pastoral.  Les attentes sont irréalistes et plusieurs membres banalisent la tâche.  Ils croient qu’elle est simple, facile et presque inutile, qu’elle se résume à un jour de travail par semaine : le dimanche.  La déférence n’est plus au rendez-vous et il s’installe un quasi mépris où plusieurs consomment l’église sans discerner leurs responsabilité dans l’église, la notion locale du corps de christ.  On attend du pasteur qu’il accomplisse les œuvres à notre place.  Le pasteur n’est plus établi par le St-Esprit, mais relégué au rang d’employé interchangeable selon l’humeur du moment.

Les pasteurs quant à eux, se doivent de se connecter dans un processus honnête et transparent de redevabilité.  Que ce soit en compagnie d’autres pasteurs ou quelques membres de leur conseil, la pression de performer doit absolument être annihilée et faire place à une franche compréhension mutuelle afin d’éviter la gangrène du découragement.  Après tout, c’est Christ qui fait le travail, pas nous!

L’église n’est pas une usine à conversion ni la compagnie de Jésus.  C’est un corps victorieux, mais fragile où la santé de tous ses membres est essentielle. Nous ne pouvons être plus fort que le plus faible de nos maillons, et cela inclut les pasteurs.  C’est à chacun de considérer les ouvriers comme faisant parti intégrante des uns les autres. C’est ainsi que nous pourrons éviter le drame de voir des serviteurs tomber au combat.

De Twitter à Twit!

Notre société nord-américaine est en déficit d’attention! Et ce n’est pas le Ritalin qui va nous aider…  La télé nous a habitués à nous concentrer pas plus de trente minutes à la fois. Le tout clairsemé de pauses publicitaires.  Twitter nous amène à élaborer nos communications à coups de 140 caractères.  Facebook nous habitue à un contenu relationnel simpliste et parfois totalement aliénant. Presque du voyeurisme. Le tout noyé dans un monde de divertissement sans précédent dans l’histoire.  Au delà de 900 chaînes de télé, jeux vidéo, musique continue… tout est en place pour que la pensée soit asséchée et vidée de son essence.

Les longues soirées passées devant les multiples écrans sont loin des cafés de discussion, des réunions autour de la table de la cuisine, des sorties culturelles.  Nous sommes ancrés dans la facilité.  Une facilité qui nous fait dériver vers la médiocrité.  En Europe, plusieurs croient que Sartre est le dernier grand penseur philosophe, dans le monde chrétien, on parle de Schaeffer ou CS Lewis.

Un vide de 50 ans, où la pensée est en souffrance.  Beaucoup d’analyses, des formules et des recettes.  Des réflexions plus ou moins légères et superficielles.  Beaucoup de polémiques sociales, ou les humoristes sont devenus les nouveaux philosophes.  Cyniques modernes, mais rien à voir avec Kierkegaard, Descartes, Pascal et les autres.

Nos chrétiens ne lisent plus, ou à peine la Bible.  Presque 85% des évangéliques n’ont pas lu la bible d’un couvert à l’autre.  Quoique chacun sait à quel point sa foi devrait y être basée, et combien vital et essentiel est LE livre.  La prière est reléguée après les temps libres et peu nombreux, car tout est empli de vide télévisuel et de contenu internet insipide. La communion fraternelle est réduite à quelques réunions formelles où les masques cachent le malaise du manque d’habitude.  Plus facile de texter que de converser.

50 ans, c’est plus qu’une génération!  Une génération qui mise sur la facilité pour accomplir un mandat exigeant et une sanctification qui l’est encore plus.  Abrutir une société est le meilleur moyen de l’asservir.  L’église actuelle en Amérique du Nord ne passerait pas le test devant Spurgeon, Luther, Calvin ou Edward.  S’ils revenaient et visitaient nos églises, ils auraient probablement la nausée, à force de voir le compromis et la médiocrité qui y règnent.  Certes, il y a eu des moments difficiles par le passé, l’église a eu à faire face à des vagues de libéralisme, de fausses doctrines et même d’alcoolisme!  Mais de nos jours, la nuance est si subtile, a été si progressive, et est si globale qu’elle ne se fait pratiquement pas sentir même parmi le clergé évangélique.  Et lorsqu’un désagréable prédicateur ose mettre l’éclairage sur la couleur actuelle, il ne fait pas long feu.  Il est aussitôt mis au rang des casse-pieds.

« Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste » – Luc 21:34

Je ne suis pas un nostalgique ni ce genre de pasteur qui exhorte sa communauté à mettre les téléviseurs aux vidanges!  Mais, toutes ces minutes grugées par les divertissements électroniques finissent par former des heures puis des semaines… Qui comme le pain blanc est vide de contenu réel.  Bien qu’additionné de vitamines, il reste essentiellement composé d’air, de vent et il demeure totalement inutile.

Imaginons un instant une vie sans télé à la carte et multichaine, sans internet, sans cellulaire, sans texto, sans iPod, iPad et iPhone.  Certains ressentent l’angoisse simplement en y pensant!  Tous ces médias, qui devaient en théorie nous rapprocher, nous informer et nous divertir ont fini par nous éloigner, nous endormir et nous asservir.  Finalement, c’est l’intelligence même qui est en péril.

Passer de Twitter à Twit est simple, il suffit de se laisser enfumer par l’écran.  Il est temps de se réveiller avant que ce sommeil ne se transforme en coma!

Les accomodements charitables

Nous sommes un château en ruines! On discerne la gloire et la dorure, mais de grands pans de murs, manquants et croulants, nous ramènent à la triste réalité. Nous bâtissons en hauteur, mais pas en largeur.

Évangéliques de toutes les confessions, nous sommes morcelés, divisés, éclatés.  Ici et là, nous entrevoyons des morceaux de croyances.  Des dénominations qui se  fissurent et ne font qu’affaiblir l’édifice dans sa structure.  Et je ne parle pas des indépendants, qui croient qu’un seul clou peut remplacer toute la maison!  Diviser pour mieux régner disait un certain Machiavel, inspiré par notre ennemi juré!  Le démolisseur par excellence. 

Lorsque je me suis converti, mon premier contact au mouvement évangélique l’a été via les pentecôtistes, puis j’ai appris qu’il y avait des baptistes « plus straight » comme le disait celle qui m’a amené au Seigneur.  Ma première impression fut de trouver enrichissante la diversité dans cette construction d’églises qu’est celle de Christ. Des charismatiques, des baptistes, des frères de divers acabits, luthériens, presbytériens, libres ou plus serrés, ils étaient des dizaines de dénominations telles des pierres de diverses essences ou origines.  « Il y en a pour tous les goûts, pour toutes les personnalités »  me dis-je.  Serait-ce cette sagesse infiniment variée de Christ telle que décrite dans la Bible?  J’ai choisi l’Église Baptiste, plus en accord avec mon tempérament et ma personnalité. C’est là que Dieu m’appelait, c’est là qu’il m’appelle toujours. 

J’ai rapidement déchanté.

Le dialogue était quasi inexistant entre les chrétiens évangéliques.  Malgré des différences, somme toute assez minimes sinon banales, chaque groupe se proclame comme LA porte. Et les choses n’ont guère changée.  J’étais probablement un jeune fou, idéaliste, issu d’une culture hippie d’amour superficiel à bon marché, illusionné par les paradis artificiels et la musique psychédélique.  Cependant, j’étais au fait des paroles de Jésus qui disait qu’un seul verre d’eau tendu au plus petit des siens ne perdrait pas sa récompense.  J’étais en face d’une vérité qui me faisait mal : le verre d’eau était bien souvent jeté à la figure par des accusations, par du mépris, par du dédain.  On s’ignore, on se fait de longs exposés qui se vautrent de versets bien assaisonnés d’amour artificiel.  Beaucoup de paroles.  Beaucoup! 

Un jour, j’ai demandé à un leader réputé d’alors, si « eux, les autres » étaient ou pas des frères.  Il ne put le nier : nous sommes frères! J’en conclus que nous sommes unis, sauvés, de la même famille, nous serons à la même table aux noces futures,  issues du même sang versé à la croix! 

Depuis trente ans, je regarde mon Québec, et « j’ai mal à mon église », comme le disait si bien un ami.

La semaine passée, lors de la conférence « Strange Fire », J. MacArthur a renchéri en disant que les charismatiques forment une fausse église.  Pas la peine de dire qu’il a allumé un feu…  Tout pour arranger les choses!  Frères ou pas frères?  Telle est la question!  Pour moi, la réponse est claire.  Lorsque j’entends de pareils propos, je me dis : « Pourquoi se mordre, s’entre-déchirer et s’exposer ainsi sur la place publique ».  Telle une rouille subtile, nous sommes en train de nous affaiblir, nous gruger de l’intérieur, nous autodétruire et au final, ternir la réputation de Christ.  Et tout ceci au profit du démolisseur.

Notre société est à une époque de cynisme extrême face à la religion, et s’exposer ainsi, c’est donner un élan et un prétexte pour un rejet global envers tout ce qui est chrétien. Il est temps de considérer nous aussi l’adoption d’accommodements raisonnables, charitables… ENTRE NOUS.

Je ne suis pas un œcuméniste, mais je crois en un seul corps, un seul baptême et un seul Esprit. J’espère un jour en un mouvement d’unité des évangéliques.  Je n’ai pas perdu mon idéalisme, ni le rêve de rassembler ceux qui croient au salut par la grâce seulement, ceux qui croient à l’inspiration de la bible.  Tel le crédo d’origine : Sola fidès, sola scriptura!   Ceux qui se distinguent à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres!  Unis autour d’une mission claire et conquérante. Priant, partageant, mettant en commun, et ce, dans le respect des différences.  L’unité dans la diversité.

Je suis encouragé, il y a des efforts timides: la conférence SOLA, l’association chrétienne pour la francophonie, certains petits groupes de prières interdénominationnels.  Chacun se bute à l’érosion.  À force de ne pas se parler, on a l’impression de ne plus se comprendre.

Dieu a fait les choses simples, c’est nous qui les avons compliquées.

Tant que nous ne réaliserons pas que c’est ensemble que nous gagnerons cette guerre, chacun tentera de construire son propre clocher.  Mais si nous unissons toutes ces tours, nous obtiendrons une forteresse imprenable.  Tout est une question de volonté et d’humilité, et cela devra obligatoirement commencer par le leadership.  Prier ensemble serait un bon début!

Je sais, il y a des couleurs différentes, des doctrines différentes, des styles d’adoration différente, des formes différentes, des leaderships différents… bien des différences!  Et c’est bien.  C’est notre diversité, notre unicité.  Il y a un culte pour tous les goûts! Mais ce qui nous unit devrait être plus fort, plus puissant que ce qui nous distingue.  Le salut de 7 millions de personnes au Québec devrait nous pousser à regarder plus haut que nous-mêmes puisque c’est à l’unité que nous aurons les uns envers les autres que le monde saura que le Père nous envoie.

Quand tendrons-nous le verre d’eau?

Le divorce québécois

Le Québec est comme une femme abusée qui s’est enfuie du foyer conjugal et a maintenant obtenu le divorce.  Dans sa souffrance, elle rejette maintenant tout ce qui pourrait lui rappeler son ex-mari tant la douleur est grande.  Elle déchire les photos ou il apparait, efface son nom de tous les papiers, demande à ses amis de ne plus parler de lui, essaie tant bien que mal d’oublier… mais la blessure est bien réelle.  On n’efface pas 400 ans de vie commune si facilement.  L’abus fait oublier même les moments agréables.  La colère embrouille, généralise, démonise.

Cette semaine, le gouvernement en place, a tenté de nous briser la mémoire en nous proposant une nouvelle charte de la laïcité.  Rejet global des signes religieux de la place publique, au risque de contrevenir aux libertés fondamentales.  Pour y arriver, il a proposé même d’en modifier les énoncés.  Ce qui restera à vérifier lorsque le texte final sera proposé.

Le Québec a été abusé.  Abusé après la honte de la conquête, par des Anglais qui ont profité de cette main-d’œuvre bon marché… Rebelle et distinct.  En compromis, et pour garder une certaine paix sociale, on lui a promis de conserver ses racines francophones et catholiques.  On s’est alors réfugié dans la religion, seule main charitable qui semblait être tendue.  Hôpitaux, services sociaux, écoles, et même le gouvernement était coloré foncé par l’église de l’époque.

Presque deux cents ans de relation par dépit.  Un clergé imbibé de pouvoir, laissé sans balises sinon les siennes.  Tout cela a façonné à l’usure, une relation amour-haine particulière entre le peuple québécois et celui qui se présentait comme son bienfaiteur. Les années ont attisées le dégoût à coups d’abus, d’obligation, de purgatoire, de confession et de manipulation.  C’est toujours ce qui se passe lorsque les hommes pilotent  la religion.

Pourtant, tout n’est pas si noir et Blanc.  La colère a fini par effacer tous ces abbés bien intentionnés qui ont construit notre hockey, toutes ces bonnes sœurs qui ont pensé nos blessures.  Tous ces frères qui nous ont appris la grammaire, l’histoire et les maths.  En fait, avec le recul historique, il y a probablement eu plus de bon que de mauvais, mais c’est difficile de reconnaître la bonté après avoir été  abusé.  La souffrance a tendance à généraliser.

Puis il y a eu l’occasion!

Duplessis est mort, un Nouveau Monde s’ouvre à nous et nous devenons maîtres chez nous.   Dans notre souffrance, et devant l’occasion de régler nos comptes, le Québec a jeté le bébé avec l’eau du bain… Dehors tout ce qui est religieux!  On a même proposé de jeter la croix du Mont-Royal et renommer tout ce qui a un saint… Une nausée intense.

Aujourd’hui, les temps ont changé… Les Anglais sont nos amis et l’Église catholique se meurt de ses erreurs.  Il ne reste qu’une poignée d’ombres de ce Québec ayant connu l’abus.   Accrochés au pouvoir et prêts à répéter les mêmes procédés qu’ils ont tellement dénoncés, les voici aujourd’hui à nous proposer plus qu’un refus global, mais une lobotomie sociale.

Une couleur distincte

Comme la Bible le dit si bien, un léopard ne peut changer ses taches!

Aux derniers sondages, 87% des Québécois se réclament de religion catholique.  La majorité parle d’elle-même!  On reconnait non seulement l’influence, mais également l’identité.  Pour ce qui est de retourner dans les bras de son ex, c’est une tout autre histoire.  Le Québec est un des endroits dans le monde le plus réfractaire au christianisme… Le p’tit Jésus a été jeté avec l’eau du bain quand on a fait le ménage.

Même si plusieurs de nos jours n’ont pas connu la « religion », son influence est certaine.  Le plus difficile est de passer à l’autre étape.  Celle où l’on vit sa nouvelle liberté, tout en assumant qui nous sommes réellement.  Laisser de côté la colère et la peur d’être abusé de nouveau, et agir enfin en société adulte.

Séparer l’église et l’état ne veut pas dire de rejeter notre culture et notre patrimoine.  Nous sommes des francophones américains, notre patrimoine et notre culture sont catholiques, l’état est séparé de l’église et chaque québécois a désormais la liberté de croire ou non… mais pas d’effacer sa couleur propre.

 

 

 

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